Travailler compétences numériques et compétences psychosociales (extrait webinaire)

Les mondes numériques sont des espaces qui mobilisent les compétences psychosociales dès lors que les élèves y sont en interactions avec les autres avec leurs regards, leurs jugements, leurs manières de collaborer. Mais il faut conscientiser et nommer les compétences psychosociales comme objectifs réels. Avec Pascal Plantard, anthropologue, Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à Santé publique France, et Dorie Bruyas, directrice de Fréquence écoles.

Transcription

"Le numérique pour développer les compétences psychosociales des élèves" "Zoom sur : Travailler sur les compétences numériques et psychosociales ?"

Gwladys Duchanois, enseignante en lettres-histoire en lycée professionnel.

-Je suis Gwladys Duchanois, je suis enseignante en lettres-histoire en lycée professionnel à Morteau.

On a démarré il y a 3 ans un projet de Twittclasse avec une classe de seconde d'usinage.

L'objectif était de travailler à la fois les écritures autobiographiques, et comment parler de soi et de sa formation via un réseau social, qui est Twitter.

Donc ça permet de travailler le français mais aussi l'EMC, puisque cette question du numérique, en particulier sur les réseaux sociaux, est arrivée dans nos programmes ces dernières années parce qu'on s'adapte au monde qui nous entoure, ni plus ni moins.

Le but, c'était pas de travailler les compétences psychosociales, mais on les travaille tout de même, finalement, systématiquement à chaque séance de manière un peu détournée.

Et on les voit vraiment gagner en autonomie.

Ils se nourrissent les uns les autres des propositions, du regard critique, etc.

Et puis, on va les voir, au fil des séances, progresser, non seulement en termes de compétences numériques, mais aussi dans le contenu des tweets, on va voir des choses s'affiner.

Le contenu va être bien meilleur, etc.

Et puis, ils vont gagner en confiance et en estime de soi.

Ils vont aussi développer entre eux beaucoup de respect, il n'y a pas de proposition bête, beaucoup d'écoute, de collaboration.

Et puis, progressivement aussi, on va les voir se distribuer les tâches en fonction des capacités de chacun.

Et ça a vraiment permis de faire des choses de plus en plus cohérentes, concrètes, élaborées, au fil du projet.

Mélinée Chanard.

-Un peu d'analyse sur ce témoignage.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Moi, je trouve ça très très intéressant parce qu'on voit bien que le travail sur compétences psychosociales et numériques passe par, elle l'a dit plusieurs fois, des choses concrètes.

Ça nous empêche pas de prendre un peu de recul et de se rendre compte, finalement, que les environnements numériques, les mondes et cultures numériques sont des potentialités.

Et ces potentialités, on les mobilise ou pas.

Là, clairement, elle les mobilise au sein d'un projet pédagogique.

Et c'est ça qui est vraiment intéressant.

Du côté des enseignants, ces choses-là ne sont pas assez valorisées.

Elle n'arrête pas...

Elle l'a dit plusieurs fois, "des petites choses", etc.

Non.

Pour moi, ce sont de grandes actions pédagogiques qui participent de la refondation de la forme scolaire.

Il n'y a pas d'environnements numériques qui sont capacitants en claquant des doigts.

Il faut que des adultes les construisent.

Et il n'y a pas d'environnements numériques qui soient strictement dans le champ disciplinaire, ou strictement dans le champ, on va dire, relations humaines, etc.

C'est toujours un assemblage pédagogique et didactique des deux, dont tout un tas de collègues enseignants savent parfaitement composer.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Ce qu'il y a de très intéressant dans ce projet, c'est peut-être : qu'est-ce qu'il y a de différent entre ce projet et la production, par exemple, d'un travail de rédaction dans la classe ?

C'est le fait que c'est diffusé, que c'est transmis à un public qu'on n'a pas choisi, qui est là, qui est présent sur Twitter.

On n'a pas pris un site confidentiel.

Donc, c'est intéressant que l'adolescent qui produit du contenu se confronte au regard de l'autre, mais surtout, qu'il soit obligé de ne pas écrire pour son petit camarade de classe mais bien pour une audience.

Et ça, je pense que c'est une grande force du projet, qui est bien le développement d'une compétence numérique très actuelle et qui renvoie à la mobilisation de compétences psychosociales, parce qu'on n'est pas tout seul.

Et ça, je pense que c'est une première chose importante à dire.

Dire aussi, en lien avec le CRCN, et pas nécessairement Édu d'ailleurs, quelles sont les compétences précises qui sont mobilisées, parce qu'on voit bien qu'il y en a beaucoup.

Ce serait peut-être intéressant, d'ailleurs, de les clarifier pour pouvoir mieux les évaluer.

Moi, j'adore l'évaluation, quand elle est formative, mais n'empêche que j'aime bien l'évaluation pour voir s'il s'agit véritablement de compétences.

Et là, on voit bien, parce que l'enseignante fait preuve d'une grande modestie et que peut-être, aussi, elle s'attaque à des choses qui n'ont pas été suffisamment documentées, qu'il faudrait peut-être réfléchir à cette question de l'évaluation et de quelles compétences précises sont mobilisées pour que les séquences pédagogiques offrent vraiment des possibilités d'émancipation pour les enfants et les élèves qui les vivent.

Mélinée Chanard.

-Béatrice.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Le versant CPS, ce qu'on sent, c'est que c'est présent.

C'est présent dans la tête de l'enseignante, c'est présent comme en arrière-fond.

Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour que ça ne soit pas uniquement en arrière-fond ou uniquement mobilisé, mais qu'on puisse réellement développer les CPS dans les pratiques courantes ?

Ça rejoint ce qu'on a commencé à évoquer.

Du point de vue de l'enseignant, comment faire en sorte que, dans le cadre d'un travail autour du numérique et d'un travail disciplinaire, on puisse développer ces CPS ?

La première chose qu'on peut voir, c'est qu'elle met comme objectifs l'objectif disciplinaire et l'objectif numérique.

L'étape d'après, ce serait de mettre l'objectif CPS.

Ce n'est pas juste pour une question de fantaisie.

C'est qu'en mettant les CPS comme objectif, ça fait que, d'une part, c'est très clair dans la tête de l'enseignante, et puis, du côté de l'élève, au même titre que quand on enseigne une discipline, on ne va pas enseigner toutes les CPS.

Donc concrètement, il va falloir choisir la CPS qu'on va vouloir travailler.

À partir de là, ça nous donne, comme pour tout travail pédagogique, un objectif pédagogique.

J'ai pu observer qu'elle travaillait sur la question de l'estime de soi et de la communication positive, puisqu'il y avait un rapport à l'autre.

L'estime de soi, ça peut renvoyer à la compétence d'auto-évaluation positive.

L'estime de soi est une image de soi, mais qui vient de son rapport à soi.

Comment on va pouvoir travailler son rapport à soi, sa représentation de soi ?

On peut imaginer glisser, au milieu de cet enseignement, une petite activité CPS qui serait : "Quand vous vous présentez, présentez-vous avec une de vos qualités, une de vos compétences, une de vos forces de caractère."

Ça, c'est un exemple.

Et puis, un dernier élément : on parlait de la pédagogie expérientielle, la pédagogie positive.

Là, on est sur une pédagogie qui, de fait, par le numérique, a une dimension interactive.

Mais comment passer de la dimension interactive à la dimension expérientielle ?

On a commencé à l'évoquer.

L'expérience, c'est l'expérience personnelle, ce qui se passe à l'intérieur de soi.

Donc, on pourrait très bien imaginer qu'après une activité comme ça, on prenne un temps, là, on change de pédagogie, pour expliciter le vécu.

On le fait très peu, mais on ne se rend pas compte de toute la richesse qu'il y a.

Et on pourrait donc prendre un temps tout simple pour dire : "Comment ça s'est passé pour vous ?

Qu'est-ce que vous avez ressenti ?"

Et on va pouvoir travailler la dimension expérientielle : "Quelles ont été vos émotions ?

Quelles ont été vos pensées ?

Quelles ont été vos sensations ?"

etc.

Et donc, là, on va travailler certaines compétences grâce à cette pédagogie et à ce temps de partage expérientiel.

Crédits

  • Direction de publication : Marie-Caroline Missir
  • Production : Réseau Canopé
  • Partenariat : Pix
  • Licence : CC BY-NC-ND 4.0

Ressource produite avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse

Financé par le Gouvernement de la République française, liberté égalité fraternité, le plan France Relance et l'Union européenne (NextGenerationEU)