Le numérique pour développer les compétences psychosociales des élèves

Les mondes numériques sont des espaces qui mobilisent les compétences psychosociales dès lors que les élèves y sont en interactions avec les autres : leurs regards, leurs jugements, leurs manières de collaborer. Mais il faut conscientiser et nommer les compétences psychosociales comme objectifs réels. Quels sont les contextes et outils numériques qui favorisent ou entravent le développement de ces compétences sociales ? Avec Pascal Plantard, anthropologue, Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à Santé publique France, et Dorie Bruyas, directrice de Fréquence écoles.

Transcription

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Développer le numérique à l'école constitue un enjeu pour construire la citoyenneté numérique, favoriser une école inclusive, assurer la continuité pédagogique et administrative pour une école plus résiliente et pour la réussite de chacun.

Chaque professeur doit donc être formé aux compétences et à la culture numériques afin de s'inscrire dans une démarche de développement professionnel et de pouvoir accompagner ses élèves.

Un nouveau référentiel inspiré du DigCompEdu européen a été stabilisé en décembre 2021.

Ce cadre de référence des compétences numériques pour l'éducation, CRCN-E ou CRCN Édu, donne lieu à un dispositif de reconnaissance de ces compétences destiné à rendre compte d'une maîtrise progressive dans la carrière de chaque enseignant.

Il fait l'objet d'une phase pilote qui a débuté en janvier 2022.

En partenariat avec le groupement d'intérêt public Pix, avec le soutien du ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse et financé dans le cadre du plan France Relance, Réseau Canopé propose une série de webinaires pour accompagner les enseignants dans ce dispositif.

"Le numérique pour développer les compétences psychosociales des élèves" Bonjour à toutes et tous et bienvenue dans ce webinaire qui s'intéresse aujourd'hui aux compétences psychosociales et aux pratiques numériques à l'école, au collège et au lycée.

Mais que sont les compétences psychosociales, les CPS ?

À quelles conditions et dans quelle mesure les pratiques numériques peuvent-elles contribuer à leur développement ?

Quelles pratiques concrètes et quels outils peut-on identifier pour accompagner les enseignants ?

Pour répondre à ces questions, nous accueillons trois intervenants.

Dorie Bruyas, bonjour.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Bonjour.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Vous êtes directrice générale de Fréquence écoles, qui est une association à Lyon.

Béatrice Lamboy, bonjour.

Vous êtes conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

Et Pascal Plantard, bonjour, vous êtes professeur des universités à l'université de Rennes, anthropologue des usages des technologies numériques et co-directeur du groupement d'intérêt scientifique le réseau M@rsouin.

Enfin, pour illustrer nos échanges, nous écouterons le témoignage d'une enseignante, Gladys Duchanoy, qui exerce en lycée professionnel.

Aujourd'hui, il est donc question de compétences particulières : les compétences psychosociales.

Béatrice, vous faites partie des auteurs du tout nouveau référentiel de Santé publique France autour des compétences psychosociales.

Est-ce que vous pouvez nous définir ce que sont ces compétences et ce qu'elles regroupent en termes d'enjeux ?

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

Oui, c'est important de prendre le temps de s'arrêter sur ce terme de "compétences psychosociales".

Déjà, c'est un terme complexe.

Et puis c'est un terme qui peut renvoyer à beaucoup de réalités.

Donc, il y a déjà un problème au niveau du terme.

Ça veut dire qu'on va pouvoir utiliser d'autres termes pour définir ces compétences psychosociales.

On va utiliser, par exemple, les "soft skills" pour référer aux compétences psychosociales, des compétences comportementales, des compétences sociales.

Donc, nous, dans ce référentiel, on a vraiment pris le temps de s'arrêter sur cette notion de compétences et de psychosociales pour pouvoir les définir de façon précise tout en s'inscrivant dans les premières définitions qui ont été proposées par l'OMS.

Et dans ce référentiel qui a été publié par Santé publique France en 2022, on propose une nouvelle définition dans la continuité de celle de l'OMS.

Donc, celle de l'OMS présentait la compétence psychosociale comme une compétence générale, une capacité à maintenir un état de bien-être pour accomplir toutes les tâches du quotidien pour interagir de façon positive.

Dans la continuité de cette définition, on a essayé de préciser le concept en montrant que ces compétences référaient à des compétences psychologiques, donc de nature émotionnelle, de nature cognitive pour tout ce qui relève de la pensée et des actions mentales, et de nature relationnelle.

Donc, on a ces trois dimensions, cognitive, émotionnelle et relationnelle, dans la continuité de la définition de l'OMS.

Ces compétences-là sont des compétences de base essentielles, puisqu'elles sont à la base de l'équilibre psychologique, du bien-être psychique, qui est l'état essentiel pour interagir de façon positive.

Donc, c'est un déterminant majeur de la santé, des relations positives, des interactions positives, du développement, et donc ça va être un élément central pour la santé globale et pour la réussite éducative.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-On va regarder un schéma pour voir ces compétences psychosociales cognitives, sociales et émotionnelles que vous avez décrites.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Ce qu'on voit dans cette définition, l'important, c'est de bien définir les compétences dans les trois dimensions, les compétences cognitives, sociales et émotionnelles, et de pouvoir les subdiviser.

C'est ce que vous pourrez trouver en détail dans notre référentiel, puisqu'on se rend compte qu'en fait, elles ont pu être définies par un nombre limité de compétences.

La première définition de l'OMS, c'était cinq binômes, donc dix compétences psychosociales définies.

En fait, il y en a une grande quantité.

Ce sont des compétences psychologiques qui peuvent être très nombreuses.

L'enjeu est vraiment de pouvoir identifier celles qui sont essentielles à notre équilibre psychique.

Donc, dans ce référentiel, comme vous pouvez le voir, on identifie les neuf compétences centrales.

Autour du pôle cognitif, ça va être tout ce qui est autour de la conscience et de la connaissance de soi, tout ce qui va être autour de la capacité de maîtrise de soi, donc la capacité à s'autoréguler, à réguler ses impulsions et à atteindre les buts qu'on s'est fixés.

Il va y avoir aussi tout un travail autour de la prise de décision et de la résolution de problèmes.

Donc, ça, c'est toute la sphère des actions mentales.

Et puis au niveau émotionnel, il va y avoir tout d'abord des compétences de base qui vont être de comprendre ce que sont les émotions, donc la connaissance autour des émotions, parce qu'il y a encore beaucoup d'a priori, notamment, on parle encore beaucoup d'émotions négatives et d'émotions positives.

En fait, toutes les émotions sont utiles, donc on va plutôt parler d'émotions agréables et désagréables.

Donc, tout un travail sur l'utilité et la fonction des émotions, parce que sinon, on ne va pas être en capacité de les identifier et de les réguler.

Donc, il y a tout ce réapprentissage, on pourrait dire, des émotions, avec l'idée d'être à l'aise avec toute sa gamme d'émotions et surtout d'en faire des alliées pour fonctionner.

Les émotions sont là pour favoriser l'équilibre psychologique, elles ne sont pas là pour nous déranger, contrairement à ce qu'on peut croire.

Ça, c'est pour la dimension émotionnelle.

Pour la dimension sociale, on va travailler sur des compétences qui vont favoriser la relation et la communication.

Il y a tout un ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être en relation autour de la communication positive et efficace.

On met en avant, notamment, l'empathie, la notion d'empathie.

On en parle beaucoup, mais concrètement, comment ça se met en œuvre dans les interactions courantes ?

Toute une liste de compétences pour une communication beaucoup plus efficace, et puis, après, aller sur les relations positives, donc les relations au quotidien avec ses proches.

Tout simplement, comment se faire des amis, comment être en bons termes.

Ça paraît évident, mais c'est l'élément central qui, s'il n'est pas travaillé, c'est compliqué.

Et puis, après, comment, de façon plus générale, on crée de la coopération.

Et après, dans la dernière étape, la dernière compétence, face aux difficultés relationnelles qui sont le lot de notre quotidien, concrètement, comment on fait pour résoudre des problèmes relationnels, comment on va demander de l'aide et comment on s'affirme sans être agressif ou sans être dans le retrait, comment on résout les problèmes sans qu'il y ait un gagnant et un perdant.

On se rend compte en rentrant dans les détails que c'est plus compliqué que ce terme général qui paraît assez simple d'accès.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-On va regarder maintenant un autre schéma un peu plus compliqué qui va nous permettre de comprendre comment ces trois compétences qu'on retrouve au milieu en bleu, cognitives, émotionnelles et sociales, comment elles vont interagir avec tout l'environnement de l'élève, puisqu'on parle ici du contexte scolaire.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Ça paraît compliqué, c'est comme dans la liste des compétences.

Ça paraît compliqué, il faut vraiment rentrer dedans, prendre le temps de rentrer dedans, et on retrouve des choses qu'on pressent.

Là, c'est un schéma qui représente la place essentielle des compétences psychosociales comme déterminant majeur de la santé, on pourrait dire, les cercles verts, et de la réussite éducative.

Donc, c'est l'effet des CPS sur la santé et sur la réussite éducative, en bleu.

On voit d'une part l'effet vertueux de ces CPS et le lien entre la santé et la réussite éducative.

On n'a pas forcément ça en tête, mais en fait, si on reprend la définition et on voit que les compétences psychosociales sont un déterminant majeur du bien-être, de l'équilibre et de la qualité relationnelle, on se rend compte que c'est un élément essentiel pour être bien à l'école, bien avec les autres et pour être en position d'apprenant.

Donc, on voit vraiment le lien et la synergie entre ces deux éléments.

Ces compétences psychosociales s'inscrivent dans un contexte avec des facteurs relationnels, c'est-à-dire que les compétences psychosociales des enfants vont se développer dans l'interaction avec les adultes en position d'éducation.

On apprend les compétences psychosociales dans la relation par l'observation, par l'expérience en premier, même si, après on va le voir, il y a des programmes qui permettent de les renforcer.

Ça, c'est ce qu'on a en jaune, sur le côté.

Et puis ces compétences psychosociales dépendent aussi de notre développement neurologique, donc des fonctions exécutives, des capacités langagières et, bien sûr, de l'environnement dans lequel on est.

Par contre, on a pu identifier par 40 ans de recherches ces déterminants clés, à la fois au niveau de la santé globale, puisque ça va agir sur le bien-être, les relations, l'"empowerment", donc la capacité d'action, du coup, ça va agir sur la santé globale et ça va permettre de prévenir un grand nombre de comportements à risque qui eux-mêmes sont à l'origine d'un grand nombre de pathologies.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-On peut retrouver dans le rapport disponible sur le site de Santé publique France ce schéma dans son entièreté, puisqu'on l'a un peu simplifié pour ce webinaire.

Ça, c'est du côté de ce qui se passe pour les élèves.

Peut-être du côté des enseignants, Pascal Plantard, le développement de ces compétences psychosociales, qu'on met aujourd'hui en lien avec les outils numériques, fait référence à des compétences numériques qui sont inscrites dans le CRCN-E, le Cadre de référence des compétences numériques pour l'éducation, et notamment, entre autres, s'assurer du bien-être physique, psychologique et social des apprenants quand ils utilisent des technologies numériques.

On comprend bien que les compétences psychosociales viennent soutenir un meilleur usage du numérique ou des meilleurs usages du numérique.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer, puisqu'on reste déjà du côté des définitions, pour commencer ce webinaire, ce qu'on met derrière le terme "usage du numérique" ?

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Il faut reformuler ce qu'on vient de se dire sur les compétences psychosociales en pointant, finalement, le mésusage de plusieurs mots.

Est-ce que le numérique n'est qu'un outil ?

C'est une vraie question.

Si on le regarde du point de vue des compétences psychosociales, ce n'est pas qu'un outil, c'est aussi l'environnement contemporain de tout un chacun, notamment des jeunes.

Donc, ça veut dire que si on veut avancer sur une définition, il faut d'abord commencer par la définition du numérique.

Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

C'est quoi, le numérique ?

On va dire, dans l'histoire récente des technologies, on se rend compte que la numérisation, c'est l'opération centrale de l'informatique.

En gros, cette idée de numériser prend forme au cours du XIXe siècle et s'installe dans les années 1930.

Sauf qu'il y a une petite dizaine d'années, on est passés sur un autre vocabulaire, qui est finalement le numérique comme substantif, le numérique comme ère numérique, comme environnement numérique, comme, finalement, une espèce d'air, avec les deux orthographes possibles, comme si on le respirait.

Il est devenu ambiant.

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que globalement, ce qu'on va appeler la socio-histoire...

Puisqu'il n'y a pas d'histoire des technologies, quelle que soit la technologie, en dehors des humains, donc c'est forcément une histoire des technologies avec les humains.

La socio-histoire récente nous pousse à définir aujourd'hui le numérique comme fait social, à la Bourdieu, en disant que finalement, le numérique, c'est l'assemblage des quatre grandes périodes qu'on vient de vivre.

Le numérique, c'est quoi ?

C'est l'informatique, c'est le code, évidemment, on est entre 1940 et l'arrivée des micro-ordinateurs dans les années 1980, mais il ne serait pas ambiant sans le réseau, donc c'est aussi l'Internet.

Là, on est dans les années 1990.

1992, la libéralisation du Web par Tim Berners-Lee, et le développement de l'Internet jusqu'à la première décennie des années 2000.

Je viens de vous donner deux pattes numériques qui sont techno, mais il n'y a pas que des pattes techno, il y a deux pattes, on va dire, humaines.

Dans mon vocabulaire, c'est anthropo.

La première patte, c'est la question des technos imaginaires.

Regardez ce que regardent aujourd'hui sur les plateformes de vidéo la grande majorité des adolescents du monde occidental, et pas que du monde occidental.

Quand j'avais 17 ans, c'était des bandes dessinées en noir et blanc qui nous tombaient des mains.

Je suis en train de vous parler des Marvel, de la "Guerre des étoiles", des comics divers et variés.

En fait, on a assisté à une massification, tant et si bien qu'un anthropologue très connu, qui s'appelle Balandier, va parler de technos imaginaires.

Donc, en fait, nous avons un ensemble qu'on doit regarder, qui s'appelle cybercultures, avec un "S", et ces questions de partage des cultures sont quelque chose de très important, notamment en relation avec les compétences psychosociales.

Elles créent du vocabulaire ou pas.

Elles créent des proximités ou pas.

Il y a donc ce dernier étage, qui est l'étage des usages.

Donc, deux pieds techno, deux pieds anthropo, les cybercultures et les usages.

Nous, nous définissons les usages comme des normes sociales d'usage, afin de les différencier clairement des pratiques.

La pratique numérique, c'est ce qu'on peut observer au quotidien dans les classes.

Les usages du numérique, c'est lorsque Zuckerberg propose Facebook il y a une douzaine d'années.

Avec mon réseau de recherche, on était en train d'étudier les pratiques adolescentes du numérique, à l'époque.

Et on est tombés sur quoi ?

Sur les blogs avec Skyblog, l'explosion du SMS, l'explosion de la messagerie instantanée, les lycéens musiciens qui regardaient vers les Trans Musicales de Rennes et tout le monde se retrouvait sur MySpace.

Je ne suis pas en train de vous dire que Zuckerberg est un inventeur génial, mais que globalement, il s'est trouvé là au bon moment, au bon endroit.

Donc, une partie des usages des technologies est présente comme des signaux faibles dans nos environnements, et ces technologies font effet de normes sociales d'usage.

Je peux continuer ma démonstration sur les réseaux sociaux.

Évidemment que nos jeunes ne sont plus sur Facebook, puisqu'il y a papa, maman, les animateurs, des enseignants, c'est vous dire si ça devient complètement infréquentable.

Mais ils vont jouer leur rôle de confrontation aux normes, le rôle ordinaire de l'adolescent de confrontation aux normes sur d'autres réseaux sociaux, TikTok pour les plus jeunes, Snapchat, Instagram, dont la conception est finalement en relation avec Facebook comme norme sociale d'usage.

Il n'y a pas de différence entre le réel et le virtuel.

Il faut regarder les pratiques sociales numériques dans le prolongement des pratiques sociales.

C'est en ça que ça introduit cette question des compétences psychosociales, je serais tenté de mettre des guillemets, numériques.

Elles font partie des compétences psychosociales contemporaines.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Alors, c'est plus clair pour les compétences psychosociales.

C'est plus clair autour des usages numériques, ce terme un peu fourre-tout, ce qu'on peut mettre derrière.

Dorie Bruyas, est-ce que vous avez des exemples où on croise les deux objets particulièrement parlants, où on a à la fois des usages du numérique et des compétences psychosociales vraiment mobilisées à cet endroit-là ?

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-L'important dans ce que vous venez de dire, c'est "particulièrement parlants".

Soyons précis, donc.

En effet, le développement des compétences numériques se croise, s'entrecroise en tout cas avec la question des compétences psychosociales.

Je vais vous donner trois petits exemples assez simples.

Par exemple, prendre des décisions constructives dans les mondes numériques.

Quand on voit le foisonnement de services disponibles, les nombreuses possibilités qu'on peut avoir de s'en saisir, nécessairement, ça va nécessiter chez les élèves et chez les enfants...

Ils vont devoir prendre des décisions constructives et être suffisamment outillés pour pouvoir le faire et résister, du coup, aux sirènes des mécanismes un peu connus désormais de rétention de l'attention qu'on peut évidemment voir dans les outils numériques.

Il y a cette première chose.

Et puis, par exemple, aussi, dans les mondes numériques, puisqu'on apprend beaucoup par soi-même, même si on pourrait aussi le dénoncer, il va falloir résoudre des difficultés, temporaires parfois, ou parfois plus durables.

Et là, de nouveau, par exemple quand ça ne marche pas, quand ça ne fonctionne pas, quand on n'arrive pas à se connecter, l'enfant va devoir aussi mobiliser ces fameuses compétences psychosociales pour pouvoir résoudre son problème numérique, et croyez-moi, des problèmes numériques, ils en rencontrent beaucoup.

Il y a très longtemps de ça, on avait fait une petite étude qui disait que leur plus grande difficulté, c'était les problèmes techniques qu'ils rencontraient.

Alors qu'on imaginait la mauvaise rencontre, eux, les enfants, nous disaient : "Pas du tout.

En fait, c'est souvent qu'on n'arrive pas à utiliser le service."

Évidemment, dans les mondes numériques, il y a la question des compétences émotionnelles.

Là, c'est très simple.

Voici un exemple clair : il y a beaucoup de jeux vidéo où on est plein à être connectés.

Il se passe autant de choses, parfois, dans le jeu vidéo que dans les conversations qui ont lieu autour et pendant le jeu vidéo.

Je pense à "Fortnite", par exemple, mais des exemples, il y en a des tonnes d'autres, où l'enfant va devoir apprendre à gérer sa frustration, ses émotions, la colère, la tristesse, la déception, et il va devoir le faire, parce qu'il fonctionne en collectif, souvent avec des enfants qu'il connaît par ailleurs, car ils jouent beaucoup avec leurs camarades de classe.

Comment est-ce qu'ils vont réussir à interagir de manière un peu sereine ensemble ?

De nouveau, ils vont avoir besoin de mobiliser énormément de compétences psychosociales, parce que tous ces jeux, pour une grande partie d'entre eux, sont là pour nous faire vivre des émotions.

Une fois que l'émotion est là, comment j'apprends à m'en saisir le mieux possible ?

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Merci pour ces trois exemples qui permettent cette fois d'avoir les deux pieds dans ce dont on est en train de parler ce soir.

À quelles conditions ces usages du numérique peuvent-ils contribuer au développement de ces compétences psychosociales ?

On a parlé de mobilisation, est-ce qu'il y a une dialectique entre ces compétences psychosociales et les usages du numérique ?

Pascal Plantard.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Alors, oui, il y a une dialectique.

On a commencé à la poser dès le début.

Cette dialectique est éminemment sociale, c'est-à-dire qu'elle passe par...

On peut utiliser tous les concepts qu'on veut.

Nous, on utilise souvent le concept de capital culturel issu du travail de Bourdieu.

Mais elle passe par la question de la distribution de ces compétences psychosociales, que nous, on va traduire, du point de vue des sciences sociales, par la question des inégalités éducatives.

La relation directe entre compétences psychosociales et numériques, c'est la question des inégalités éducatives numériques.

C'est là que ça se complique.

C'est-à-dire qu'on avait l'habitude de la distinction, de la reproduction des années 1960.

C'est là que ça se complique, car il est absolument évident que ce que vient de dire Dorie, par exemple, sur la maîtrise technique, est très, très mal distribué sur le plan social.

On a un imaginaire, aujourd'hui, qui est l'imaginaire des digital natives qui seraient tombés dedans quand ils étaient petits.

J'appelle ça le complexe d'Obélix.

Combien d'enseignants en lycée, collège, voire école constatent que des gamins scotchés H24 sur un smartphone sont absolument incapables de comprendre la commande scolaire, sont incapables de se connecter aux environnements numériques de travail, avec une difficulté chronique autour des mots de passe, autour de l'usage du courrier électronique, etc.

?

Un peu plus tard, combien sont capables de rédiger correctement un CV ?

On va dire qu'il y a une problématique d'inégalités éducatives qui rejoint les problématiques d'inégalités éducatives sur les territoires, zones rurales isolées, quartiers Politique de la Ville, etc.

Effectivement, elle se double avec un phénomène plus récent dont Dorie a évoqué le sujet tout de suite, c'est qu'aujourd'hui, les modèles économiques qui portent les plateformes, qui portent les GAFA sont les modèles économiques de l'économie de l'attention.

Quoi de plus tentant pour un gamin, particulièrement un ado, que de focaliser à longueur de temps son attention sur tout un tas de stimulations numériques, sur smartphone, sur les réseaux sociaux, dans les séries qui invitent à regarder à longueur de temps des séries ?

Ce qui pose clairement la question, on va dire, du bien-être, la question de comment on se sort de ça, et cette question renvoie à une question de fond.

Je reviens sur ma question des imaginaires.

Les technologies numériques traduisent une tension très forte entre aliénation et émancipation.

Pour simplifier les choses, il y a tout un tas de gamins issus de familles à l'aise avec tout ça qui vont développer un capital culturel numérique leur permettant à la fois de jouer, d'être sur les réseaux sociaux, de faire les devoirs ensemble, de préparer un CV, d'aller faire une prépa grandes écoles, là où d'autres ne feront que renouveler leur téléphone quand ils auront perdu leur mot de passe.

La situation observée avec les gamins en quartiers populaires, c'est que la perte d'un mot de passe sur un smartphone est un problème insoluble pour un certain nombre de gamins.

Ces stimulations-là rejoignent complètement les questions des compétences psychosociales, et ça s'accompagne de manière spécifique.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Qu'est-ce qu'on peut mettre en place pour lutter contre ces inégalités ?

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Ça rejoint la question très forte depuis dix ans de l'inclusion.

Il y a des conditions à l'inclusion.

D'abord, il faut rappeler que l'inclusion n'est pas un processus individuel, ou pas que.

C'est en ça que ça change de la dialectique exclusion-insertion.

L'inclusion est un processus politique, c'est-à-dire que nous devons collectivement favoriser l'accès aux trottoirs pour les personnes en situation de handicap physique et au capital culturel numérique pour la population.

Donc, il y a trois conditions de l'inclusion.

Il y a la question de l'accès, il y a la question des compétences, donc de savoir utiliser les technologies, mais il y a une troisième condition qui est la condition du regard critique sur ces technologies.

Savoir s'extraire de ce qui va vous mettre en position de dépendance, d'aliénation, de surconsommation, les fameux usages problématiques de l'Internet.

Et ça, ça sous-entend une éducation critique au numérique en général qui passe probablement par une éducation critique aux médias, qui s'intègre à une éducation critique aux médias.

Et c'est clairement le rôle de l'école.

On est dans cette dimension-là du regard critique, ça ne peut pas se faire sans les enseignants.

C'est quelque chose du registre...

Comme c'est un processus politique, l'inclusion, cette inclusion numérique passe dans la partie approche critique, enseignement critique, prise de distance, etc., par le rôle des enseignants là-dedans, et pas que.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Pas que, puisque, Dorie Bruyas, c'est ce que vous mettez en place dans l'association Fréquence écoles que vous dirigez.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Peut-être un point.

Tu as dit le mot "critique", et en effet, je pense qu'on voit bien que sur la question des finalités de cette éducation au numérique, on n'est pas tous alignés, et les enseignants non plus, d'ailleurs.

La première chose, peut-être, en rappel, on parle beaucoup du numérique, mais ce n'est pas la même chose d'éduquer par le numérique, d'utiliser des outils numériques, que de décider de s'intéresser à la manière dont on va aider les élèves à mieux s'en saisir pour, justement, leur fameux bien-être, qui est le sujet qui nous amène aujourd'hui.

L'enseignant a un rôle évident à jouer.

Ça peut se passer avec des dispositifs très concrets qui vont leur permettre, en effet, d'agir directement sur les usages numériques des jeunes, mais ça va nécessiter aussi d'une part de déconstruire la notion du danger.

Je pense que c'est important de dire qu'il ne faut pas focaliser que sur les risques.

Et puisque c'est un espace d'opportunité, il faut bien aller chercher du côté des opportunités.

Il est vrai aussi qu'en s'intéressant par exemple à cette capacité des adolescents à résoudre des problèmes dans les mondes numériques, nous, on a un dispositif, un atelier de résolution de problèmes, tout simplement, autour de cas d'élèves qui racontent des problèmes qu'ils ont rencontrés sur les réseaux sociaux, mais pas que des problèmes, aussi des choses qu'ils aimeraient faire et n'arrivent pas à faire, genre : "Je veux être Youtubeur, j'adorerais devenir un influenceur de la magie", par exemple.

Plein d'enfants adorent la magie.

"Est-ce que je peux utiliser le numérique pour faire ça ?"

Et on se rend compte, compte tenu du capital social et culturel qui n'est pas le même pour chaque enfant, qu'il va falloir développer des stratégies pour pouvoir mieux se saisir du numérique.

Parfois, on a tendance à bloquer un peu sur la question des dangers.

Je parle aussi des enseignants, une espèce de discours de prévention, alors qu'il s'agit bien d'être dans la mobilisation de compétences psychosociales associée au développement de compétences numériques, c'est-à-dire apprendre à vraiment savoir agir en situation complexe, avoir des savoir-faire techniques, puisque c'est de ça dont on parle, comment on fait pour supprimer une vidéo, comment on paramètre la diffusion de cette vidéo, et surtout, comment, derrière, je vais gérer l'exposition de moi sur les réseaux, les questions que ça pose, les problématiques d'estime que ça risque aussi de mobiliser chez moi, qu'est-ce qui se passe quand on me voit, quand on me critique, quand c'est douloureux, et comment je peux m'en saisir le mieux possible ?

On voit bien là qu'il ne s'agit pas juste d'utiliser le numérique, mais bien d'articuler le développement de compétences numériques qui vise l'autonomie de l'enfant, avec et en s'appuyant certainement aussi sur le développement de compétences psychosociales, parce que sans ça, je ne suis pas sûre que des savoir-faire techniques soient suffisants.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Effectivement, on sait bien que c'est tous les codes sociaux et la manière d'interagir les uns avec les autres...

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Et qui sont souvent non formalisés, qui sont souvent très flous, et si on ne les définit pas clairement, ça reste difficile de savoir ce qu'on a à faire, quand on a 12 ans.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Ce qui nous amène à la question suivante.

On peut montrer aux élèves comment les mobiliser, mais comment les aider à développer ces compétences psychosociales ?

"Pratiques numériques et développement des CPS" Vous avez travaillé, Béatrice Lamboy, dans le cadre du rapport Santé publique France, sur les compétences psychosociales en général, avec une grille de lecture, des préconisations aux enseignants pour mettre en place un travail vraiment effectif sur ces compétences psychosociales qu'on va pouvoir appliquer au numérique.

Je vous laisse nous parler de cette grille de lecture et de conseils.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Oui, comme ça a été évoqué, en fait, la question est de savoir comment on développe ces fameuses compétences psychosociales.

On le voit, que ce soit dans le numérique ou dans la vie courante, ces compétences sont mobilisées, elles sont présentes tout le temps.

La question des émotions, la question de la communication, la question de faire des choix, de résoudre des problèmes, c'est tout le temps présent.

Qu'est-ce qui fait la différence entre des compétences mobilisées et des compétences développées ?

Justement, dans notre première définition, dans notre classification, vous pourrez le voir en détail dans le référentiel, on montre à quel point, comment fonctionne une bonne régulation, comment fonctionne une communication positive, comment fonctionne une résolution de problème efficace, justement, au service de ce bien-être global, au service de la santé globale et de la réussite éducative.

Une fois qu'on a défini ça, l'étape d'après, c'est, en effet, comment on développe ça.

Dans notre référentiel, on a fait un bilan de la littérature, puisqu'il y a 40 ans de recherches sur les compétences psychosociales, mais aussi autour d'interventions.

Quelles sont les interventions efficaces pour développer les compétences psychosociales ?

Quels sont les effets ?

Les principaux effets, on les a vus dans le schéma général.

Et à quoi ressemblent ces fameuses interventions qui sont efficaces ?

C'était la première question, et la deuxième question, c'est : quels sont les critères, quelles sont les caractéristiques de ces interventions efficaces ?

Dans le schéma qu'on vous présente là de façon très générale, on va avoir ce qu'on va appeler les facteurs qui sont associés à ces interventions efficaces.

Ça va être intéressant, car à partir de ces interventions très structurées, on va pouvoir en faire des caractéristiques qui vont pouvoir être mobilisées et utilisées dans les pratiques courantes.

Ce qu'on observe, c'est qu'on a pu dégager huit facteurs essentiels, deux facteurs principaux.

On est partis de ces interventions validées, qui ont démontré une efficacité.

À quoi elles ressemblent, comment elles fonctionnent ?

Il y a un certain nombre de caractéristiques.

Déjà, pour avoir des résultats, pour développer ces fameuses CPS de façon efficace, c'est important qu'il y ait des interventions structurées qui s'appuient, qui se focalisent sur des CPS clés, les CPS qui ont été mentionnées, qui s'appuient sur des supports, qui s'appuient sur des connaissances scientifiques, qui vont mobiliser des activités très formelles et qui vont s'appuyer sur une pédagogie particulière, puisque là, on n'est pas dans de la transmission de savoir, on est sur des savoir-être et des savoir-faire, donc, ces savoir-être et ces savoir-faire vont se développer dans le cadre d'activités expérientielles qui vont mobiliser l'expérience, la pratique, dans des pédagogies actives et expérientielles.

Ce sont des interventions très particulières.

Pour que ces interventions fonctionnent, c'est aussi important qu'elles soient mises en œuvre dans un contexte favorable, c'est-à-dire que les activités qu'on va réaliser doivent s'intégrer au quotidien.

Il faut qu'elles puissent être mises en œuvre au quotidien, c'est pour ça qu'on va parler d'une implantation favorable.

Comme toute gestion de projet, il faut que tous les acteurs qui vont porter le projet puissent être mobilisés.

Il va y avoir tout un environnement favorable nécessaire au niveau du projet et de la gestion de projet, et au niveau du cadre éducatif.

C'est-à-dire que si on travaille la régulation de la colère, la communication positive dans ces ateliers, ça va être important qu'au quotidien, ce soit repris au niveau des pratiques informelles.

Donc, il va falloir pouvoir mobiliser des activités au fil de la journée.

L'élément essentiel, aussi, ça va être que l'enseignant, l'adulte en position d'éducation puisse incarner ces CPS, puisque, comme je l'ai dit au début, une grande partie va passer par la façon de mobiliser, d'incarner ces CPS.

Donc, sa régulation de la colère, sa régulation du stress au quotidien, sa façon de parler, sa façon de résoudre soi-même des problèmes, ça va être essentiel, c'est comme ça que l'enfant va pouvoir apprendre et renforcer, en plus des temps d'ateliers, en plus des temps d'intervention.

Donc, ça va être vraiment essentiel.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Donc, concrètement, pour l'enseignant, vous en avez tiré six facteurs d'efficacité que je vous laisse découvrir.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Voilà, là, on partait du point de vue de : "On veut mettre en place une intervention CPS."

Quelles sont les caractéristiques et comment faire en sorte de la mettre en place de façon la plus efficace possible pour développer ces CPS de façon efficace ?

Maintenant, si on se place du côté du praticien, on a donc ces trois facteurs d'efficacité essentiels qui vont être un peu notre grille d'intervention pour mettre en place et pour développer ces CPS au quotidien.

Première chose, l'idée, c'est d'avoir un objectif clair, c'est-à-dire un objectif explicite.

Ce n'est pas quelque chose d'implicite.

On parle le français tout le temps, mais quand on fait du français, on a un objectif d'apprentissage.

Donc, là, au même titre, il va être essentiel d'avoir en tête, pour l'enseignant et pour l'élève, un objectif clair où on va spécifier la CPS qu'on travaille.

On voit qu'on a 21 CPS, on ne va pas toutes les travailler en même temps.

Deuxième élément, on l'a dit, c'est que l'enseignant puisse incarner ces CPS.

Donc, il va y avoir besoin...

On voit la liste de ces 21 CPS qui est assez impressionnante, on se rend bien compte que ce n'est pas acquis pour toujours.

Ça fait des années que je travaille dessus, je ne peux pas dire que j'ai régulé mon stress, que j'ai régulé ma colère une fois pour toutes, non, mais l'important va être de rentrer dedans et, du coup, d'en faire l'expérience et d'essayer au maximum de développer ces CPS pour nous-mêmes, déjà, et dans les interactions courantes, puisque c'est comme ça que l'élève va pouvoir lui-même travailler et développer ces CPS au contact de ces CPS incarnées.

Le troisième élément, on l'a dit, c'est d'avoir des activités formelles, des activités structurées qui vont être mises en place ponctuellement.

Au même titre qu'on fait un exercice de grammaire, on fait un exercice pour apprendre, par le jeu de rôle, par les pratiques, par la mise en situation la communication positive, on l'a évoquée, la résolution de problèmes.

Donc, concrètement, on va faire des activités formelles là-dessus.

Et puis il y a aussi toutes les activités informelles au quotidien.

Qu'est-ce qu'on peut mettre en place au quotidien pour faire en sorte de développer ces CPS ?

On parlait de l'attention.

Est-ce qu'on peut mettre au quotidien, c'est un élément-clé à la fois de l'enseignement et des CPS...

Au quotidien, est-ce qu'on peut mettre quelques exercices d'attention qui peuvent jalonner la journée ?

Ça se travaille.

Attention sur soi, attention sur l'environnement, ça, ce sont des petits exercices informels.

Pareil, pour la communication positive, est-ce qu'on peut mettre des petits exercices au quotidien pour souligner une qualité, souligner une compétence ?

Plein de petites choses peuvent être rajoutées dans le quotidien de la classe, de l'enfant, que ce soit dans les temps scolaires ou périscolaires.

Après, la pédagogie.

On a dit une pédagogie...

Ces CPS se travaillent dans le cadre d'une pédagogie particulière.

On n'est pas dans une transmission de connaissances, on est dans de l'expérience.

Donc, du coup, on va passer par des pédagogies, ce qu'on va appeler des pédagogies expérientielles : on l'a dit, des jeux de rôle, des mises en situation, une pédagogie qui va renforcer la capacité d'action, donc tout ce qui va être estime de soi.

Donc, une pédagogie qui va utiliser les connaissances de la psychologie positive, donc une pédagogie active où l'élève se met en situation.

Ça, ça va aussi être important de l'avoir en tête, et puis, bien sûr, toute la question de la mise en œuvre du projet, quand on est dans le cadre d'un projet CPS dédié.

Après, on peut rebondir sur concrètement, dans les pratiques courantes.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-On va peut-être laisser la parole à Pascal Plantard pour reboucler avec les pratiques numériques.

Pour vous, pour développer ces compétences, et non plus seulement les mobiliser, il y a un environnement, une manière de faire à préconiser ?

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Pour moi, il y a deux urgences fondamentales.

La première, c'est de s'engager.

Je vous ai parlé tout à l'heure du mythe du digital native.

Dans nos travaux antérieurs, travaux de recherche, de gros programmes de recherche avec des publications scientifiques, on a constaté que dans les familles populaires, l'abus, finalement, de cette mythologie-là...

Les imaginaires déclenchent des représentations.

Cette fausse représentation déclenche ce qu'on va qualifier de dessaisissement parental.

C'est-à-dire qu'en gros, une partie des parents se désinvestissent de la question numérique de leurs enfants au prétexte qu'ils sont tombés dedans quand ils étaient petits.

Je ne suis pas dans le jugement, je suis en train de constater un processus qui est plutôt primat de l'adolescent.

Mais je vous ai défini les usages comme des normes sociales d'usage.

S'il n'y a aucun adulte de référence en face, où sont nos ados dans les mondes numériques ?

Ils sont soit tout seuls, soit avec des gens qui ne sont pas vraiment des adultes de référence.

Il y a des adultes, sur les réseaux sociaux.

On ne va pas dire que tous sont des adultes de référence.

Je tire le fil.

Travaux de recherche pendant le confinement.

Pour nous, le dessaisissement parental est devenu dessaisissement éducatif, puisqu'on a trouvé des enseignants, des travailleurs sociaux, voire des animateurs ou des médiateurs numériques qui nous ont dit la même chose quasiment pour justifier le fait qu'ils ne faisaient pas de continuité pédagogique, qu'ils n'étaient présents ni sur les réseaux ni sur rien.

Je ne suis bien évidemment, là encore, pas dans le jugement, on est dans les faits, on est dans le retour.

On a constaté des situations très hétérogènes dans les classes, avec des élèves qui n'étaient pas connectés à l'école à la maison, mais aussi des enseignants.

Il faut le regarder en face.

Je suis juste en train de dire qu'il faut arrêter avec ça.

Clairement, le dessaisissement éducatif, c'est laisser les jeunes seuls dans les mondes numériques.

Ce n'est tout simplement plus possible.

Je ne suis pas en train de raconter un truc complètement novateur.

Je pense que...

Petit hommage à Serge Tisseron qui raconte ça depuis peut-être 20 ou 30 ans.

Ça rejoint ces questions d'engagement vis-à-vis du développement des compétences psychosociales.

Si on tire encore plus le fil et qu'on va encore plus loin par rapport à ce qui vient d'être dit, il faut changer de lunettes.

On a un avantage, un monsieur qui s'appelle Amartya Sen, prix Nobel de sciences économiques, a proposé il y a quelques années ce concept de capabilité.

On a dit tout à l'heure "empowerment", pouvoir d'agir, etc.

C'est quoi, le concept de capabilité ?

C'est cette évidence que quand on est très doué en maths, c'est un petit peu plus facile de développer ses compétences en mathématiques dans une famille aisée d'un centre-ville en France plutôt que dans une favela de Bombay ou de Rio.

On est bien d'accord, le contexte dépend complètement.

Donc, il y a une proposition, aujourd'hui, un courant de recherche à la fois en pédagogie et en sciences humaines et sociales autour de ce qu'on va appeler les environnements capacitants.

Ces environnements capacitants reprennent une partie de ce que vous avez proposé comme qualification.

Je vais prendre l'exemple des web radios.

La première dimension d'un environnement capacitant, c'est offrir des ressources.

Offrir des ressources, pour une web radio, c'est plein de ressources technologiques, il faut apprendre ça.

Donc, il y a une entrée qui est apprivoisement de toutes les technologies.

Mais une web radio, ce n'est pas que ça.

C'est aussi un projet, prenons les web radios en collège, qui entraînent un travail pluridisciplinaire qui permet donc une réalisation concrète, la web radio en collège.

Mais quand on met les gamins en travail sur la web radio, ils vont commencer à se ventiler leurs compétences les uns les autres et se rendre compte qu'il y a un vrai travail, ce que, nous, on appelle la mobilisation des ressources, et puis ensuite le transfert des ressources.

En termes de capabilité, ça s'appelle la conversion.

La conversion des ressources peut aller vers tout le travail éditorial, comment on choisit les sujets, etc.

Et la quatrième dimension d'un environnement capacitant, c'est pousser ou favoriser l'autonomisation.

Je suis en train de vous dire qu'à la sortie d'un atelier web radio collectif dans un collège avec une équipe pluridisciplinaire, vous allez produire HugoDécrypte, quand même, puisqu'il le dit lui-même, qu'il a traversé ça.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-HugoDécrypte, juste, pour préciser.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-HugoDécrypte, l'un des influenceurs informationnels les plus solides, qui a une influence très importante sur les 14-25 ans aujourd'hui, et qui raconte comment son capital culturel personnel, mais aussi ses expériences à l'école lui ont facilité ça.

On n'est pas tous obligés de devenir HugoDécrypte.

Ne serait-ce que d'avoir une conscience, de trier les informations, de sortir des fake news, c'est un vrai apprentissage de compétences psychosociales critiques.

Donc, moi, je rejoins cette idée.

Il faut que ce soit clairement défini comme objectif, mais en même temps, il faut que les adultes pensent à construire des environnements capacitants.

Il ne suffit pas de claquer des doigts pour emmener un projet, il faut se donner les moyens pour qu'il aille au bout.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Dorie Bruyas.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Peut-être, en complément, quand on a travaillé sur une étude, une flash étude qui date de l'année dernière, qu'on a menée au sein de l'académie de Besançon, dans le Doubs, on a travaillé avec des enseignants du premier degré sur les finalités du numérique à l'école, peut-être même aussi, d'ailleurs, sur les finalités de l'école.

Ce sont des choses qu'on a refaites, depuis, dans le cadre d'une autre étude à paraître très bientôt qui s'appelle EDU 2030 et qui s'intéresse à ces questions-là aussi.

Et donc, on est revenus sur les finalités de l'école.

Et on a été très surpris, nous, spécialistes du développement des compétences numériques, de voir qu'en fait, ce que moi, je mettais comme finalités à l'école, c'est-à-dire plutôt l'épanouissement de l'enfant, qui était pour moi le projet prioritaire de l'école, n'était pas du tout le projet prioritaire formulé par les enseignants.

Ce qui est très intéressant, c'est que j'ai découvert les travaux de Béatrice dans le cadre de la préparation de ce webinaire, et je me suis dit : "Finalement, compétences numériques et compétences psychosociales, non seulement ça fonctionne ensemble, mais en plus, c'est le même combat, c'est celui de : quelles finalités à l'école ?"

Peut-être qu'il va falloir qu'on repense d'une part la finalité de l'école pour repenser la question de la forme scolaire et pour, du coup, voir finalement comment ces compétences numériques et ces compétences psychosociales qui sont essentielles pour les années qui viennent doivent être travaillées à l'école pour, aussi, lutter contre des problématiques sociales et de fracture sociale très nettes.

C'est presque un projet de justice sociale qui considérerait que pour rendre les enfants plus heureux et plus épanouis, et finalement, peut-être, pour que la société soit bien meilleure, il faut repenser la place du développement de ces compétences dans l'école et le sens que ça a pour l'école.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Merci pour ces...

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Ça, c'était un peu le dossier, quand même.

Le dossier central de cette émission est ici.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Oui, c'est ça.

"Pratiques et outils pour accompagner les enseignants" Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-On va écouter tout de suite le témoignage d'une enseignante, qui est donc Gladys Duchanoy, qui est enseignante en lycée professionnel et qui a travaillé avec sa classe sur un projet.

On écoute et on en parle après.

"Parole d'enseignante" Gladys Duchanoy, enseignante en Lettres-Histoire en lycée professionnel.

-Je suis Gladys Duchanoy, je suis enseignante en Lettres-Histoire en lycée professionnel à Morteau.

On a démarré il y a trois ans un projet de TwittClasse avec une classe de seconde d'usinage.

Nous étions en correspondance avec un lycée parisien.

L'objectif était de travailler à la fois les écritures autobiographiques et comment parler de soi et de sa formation via un réseau social qui est Twitter.

On leur a demandé de se présenter, et là, on les laisse faire en les mettant en équipes.

Ils ont fait plusieurs propositions qu'on a mutualisées au tableau, et ensuite, par un système de vote, on en a sélectionné une.

Donc, c'est le jeu du "qui est qui" qui est apparu.

Le jeu du "qui est qui" a posé d'emblée un problème de numérique responsable, parce qu'un volontaire a réalisé une photo de la classe, et certains n'étaient pas d'accord d'apparaître sur le réseau social, donc on a pu discuter de ça.

"Qu'est-ce qu'on fait de la photo, va-t-on flouter certains visages ?"

"On a signé la charte du droit de l'image dans le carnet de correspondance."

Ça nous a amenés à nous poser beaucoup de questions sur ce que je publie, ce qui reste, comment je procède, etc.

Autre idée des élèves : la présentation, aussi, de l'établissement.

Ils ont interrogé quelques collègues, quelques élèves.

Ça a aussi posé pas mal de questions de numérique responsable.

Encore une fois, certains collègues n'avaient pas envie ni d'apparaître ni d'être cités.

Ça permet de travailler le français, mais aussi l'EMC, puisque cette question du numérique, en particulier sur les réseaux sociaux, est arrivée dans nos programmes ces dernières années, parce qu'on s'adapte au monde qui nous entoure, ni plus ni moins.

Le but n'était pas de travailler les compétences psychosociales, mais on les travaille tout de même systématiquement à chaque séance de manière un petit peu détournée.

On les voit vraiment gagner en autonomie.

Ils se nourrissent les uns les autres des propositions, du regard critique, etc.

Et puis on va les voir, au fil des séances, progresser, non seulement, évidemment, en termes de compétences numériques, mais aussi dans le contenu des tweets, on va voir des choses s'affiner, le contenu va être bien meilleur, etc.

Et puis ils vont gagner en confiance et en estime de soi.

On a des remarques d'élèves : "C'est ma proposition qui a été retenue."

Ils vont aussi développer entre eux beaucoup de respect, il n'y a pas de proposition bête, beaucoup d'écoute, de collaboration, et progressivement, on va les voir se distribuer les tâches en fonction des capacités de chacun.

"Je suis doué pour écrire, c'est moi qui vais rédiger la proposition de tweet."

"Moi, je suis doué pour prendre les photos et les retoucher après."

Ça a vraiment permis de faire des choses de plus en plus cohérentes, concrètes, élaborées au fil du projet.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Pascal Plantard, un peu d'analyse sur ce témoignage.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Moi, je trouve ça très, très intéressant, parce qu'on voit bien que le travail sur compétences psychosociales et numériques passe par, elle l'a dit plusieurs fois, des choses concrètes.

Ça ne nous empêche pas de prendre du recul et de se rendre compte, finalement, que les environnements numériques, les mondes, les cultures numériques sont des potentialités.

Ces potentialités, on les mobilise ou on ne les mobilise pas.

Là, clairement, elle les mobilise au sein d'un projet pédagogique qui va tirer l'autre techno imaginaire.

J'ai parlé tout à l'heure du contrôle, des digital natives, de l'économie de l'attention.

Il y en a un autre, c'est l'imaginaire du Web.

C'est le village planétaire de Marshall McLuhan et tous les imaginaires de la coopération qui sont très, très présents et qui sont actifs, le réseau des fab labs dans la culture geek, etc.

Là, elle le mobilise sans le dire, en fait.

C'est ça qui est vraiment, vraiment intéressant.

Ce que je trouve un peu fondateur, fondamental, dans ce type de témoignage, c'est, un : l'idée que du côté des enseignants, ces choses-là ne sont pas assez valorisées.

Elle n'arrête pas, elle l'a dit plusieurs fois, "des petites choses", non.

Pour moi, ce sont de grandes actions pédagogiques qui participent, comme le disait Dorie tout de suite, de la refondation de la forme scolaire.

On sait parfaitement que la forme scolaire française...

Je vous rappelle que les formes scolaires sont liées au contexte socio-historique, donc elle a évolué, la forme scolaire.

Là, elle est en panne depuis un petit moment et elle n'a pas pris en compte les mondes contemporains numériques.

Pourquoi elle n'a pas pris en compte les mondes contemporains numériques ?

Parce que du côté, on va dire, du monde enseignant, de l'Éducation nationale, on a préféré passer son temps à se prendre la tête sur : "Faut-il enseigner le code ou faut-il faire de l'éducation critique aux médias ?

Est-ce qu'il faut avancer les disciplines ou est-ce qu'il faut développer des compétences psychosociales, les transversalités, etc.

?"

La réponse est claire : les deux, mon général.

C'est absolument évident, il n'y a pas d'environnements numériques qui sont capacitants en claquant des doigts.

Il faut que des adultes les construisent.

Et il n'y a pas d'environnements numériques qui soient strictement dans le champ disciplinaire ou strictement dans le champ, on va dire, relations humaines, etc., c'est toujours un assemblage pédagogique et didactique des deux que tout un tas de collègues enseignants savent parfaitement composer.

Ça manque de soutien.

d'accompagnement dans les établissements, ça manque de reconnaissance.

Je pense que ce qu'on vient d'entendre, c'est vraiment...

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Et ça manque de temps.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Ça manque de temps, bien sûr, de temps libéré, de soutien.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Je pense que peu d'enseignants vont vous contredire.

Dorie.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Peut-être dire que ce qu'il y a de très intéressant dans ce projet, et c'est un projet très intéressant, c'est peut-être qu'est-ce qu'il y a de différent entre ce projet et la production, par exemple, d'un travail de rédaction dans la classe ?

C'est le fait que c'est diffusé, que c'est transmis à un public qu'on n'a pas choisi, qui est là, qui est présent sur Twitter.

On n'a pas pris un site confidentiel, on a pris l'un des réseaux sociaux les plus influents sur bon nombre de sujets.

C'est intéressant de confronter, que l'adolescent qui produit du contenu se confronte au regard de l'autre, mais surtout qu'il ne soit pas obligé d'écrire pour ses camarades de classe, mais bien pour une audience.

Ça, je pense que c'est une grande force du projet qui est donc bien le développement d'une compétence numérique très actuelle et qui renvoie à la mobilisation de compétences psychosociales, car on n'est pas seul.

Ça, je pense que c'est une première chose importante à dire.

Dire aussi, en lien avec le CRCN, et pas nécessairement Édu, d'ailleurs, quelles sont les compétences mobilisées, car on voit qu'il y en a beaucoup.

Ce serait peut-être intéressant de les clarifier pour pouvoir mieux les évaluer.

Moi, j'adore l'évaluation quand elle est formative.

J'aime bien l'évaluation pour voir s'il s'agit véritablement de compétences.

Là, on voit, parce que l'enseignante fait preuve d'une grande modestie, et que peut-être, aussi, elle s'attaque à des choses qui n'ont pas été suffisamment documentées, que peut-être il faudrait réfléchir à cette question de l'évaluation et de quelles compétences précises sont mobilisées pour que les séquences pédagogiques offrent vraiment des possibilités d'émancipation pour les enfants et les élèves qui les vivent.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-On voit que les référentiels sont en train de se muscler.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Absolument, ils sont en train de se muscler, et on voit bien, c'est pour ça qu'il ne faut jeter la pierre à personne, qu'on est en transition.

Pascal et moi, ça fait longtemps qu'on estime qu'on est en transition.

Il n'empêche qu'on est toujours en transition et qu'on ne transforme pas des vieux réflexes sans développer les compétences, au passage, numériques des enseignants.

Quel est le niveau de compétences numériques de cette enseignante ?

Il n'est pas mauvais, pour qu'elle se lance là-dedans, mais on voit que ça peut la mettre en fragilité.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Béatrice.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-C'est vrai que c'est un exemple très intéressant sur plein de niveaux.

Là, on l'a vu au niveau du numérique, sur le versant CPS.

On sent que c'est présent.

C'est présent dans la tête de l'enseignante, c'est présent comme en arrière-fond.

Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour que ce ne soit pas uniquement en arrière-fond ou uniquement mobilisé, mais qu'on puisse réellement développer les CPS dans les pratiques courantes ?

Ça rejoint ce qu'on a évoqué.

Du point de vue de l'enseignant, comment faire en sorte que, dans le cadre d'un travail autour du numérique et dans le cadre d'un travail disciplinaire, on puisse développer ces CPS ?

Donc, reprenons les six dimensions, les six facteurs d'efficacité qu'on a évoqués tout à l'heure à travers cet exemple-là.

Première chose, ce qu'on peut voir, c'est qu'elle met comme objectifs l'objectif disciplinaire et l'objectif numérique.

L'étape d'après, ce serait de mettre l'objectif CPS.

Ce n'est pas juste une question de fantaisie.

C'est qu'en mettant les CPS comme objectif, ça fait quoi ?

Ça fait que d'une part, c'est très clair dans la tête de l'enseignante, et puis du côté de l'élève, au même titre que quand on enseigne une discipline, on ne va pas enseigner toutes les CPS.

Donc, quelles sont les CPS qu'on va travailler dans le cadre de cet exercice en particulier ?

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Il s'agit d'expliciter, pas de rajouter.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-D'expliciter.

Donc, là, du coup, Dorie pointait : quelles sont les CPS qui sont travaillées ?

Donc, concrètement, il va falloir choisir la CPS qu'on va vouloir travailler.

À partir de là, ça nous donne, comme pour tout travail pédagogique, un objectif pédagogique.

Et concrètement, moi, en l'écoutant, j'ai pu observer qu'elle travaillait sur la question de l'estime de soi et de la communication positive, puisqu'il y avait un rapport à l'autre.

L'estime de soi peut renvoyer à la compétence d'autoévaluation positive.

L'estime de soi est une image de soi, mais qui vient de son rapport à soi.

Donc, comment on va pouvoir travailler son rapport à soi, sa représentation de soi ?

Donc, on peut imaginer glisser au milieu de cet enseignement une petite activité CPS qui serait : "Quand vous vous présentez, présentez-vous avec une de vos qualités, une de vos compétences, une de vos forces de caractère."

Ça, c'est un exemple.

Et puis, un dernier élément, on parlait de la pédagogie expérientielle, la pédagogie positive.

Là, on est sur une pédagogie qui de fait, par le numérique, a une dimension interactive, mais comment passer de la dimension interactive à la dimension expérientielle ?

On a commencé à l'évoquer.

L'expérience, c'est l'expérience personnelle, ce qui se passe à l'intérieur de soi.

On pourrait très bien imaginer qu'après une activité comme ça, on prenne un temps, donc là, on change de pédagogie, on prenne un temps pour expliciter le vécu.

On le fait très peu, mais on ne se rend pas compte de toute la richesse qu'il y a dans ce temps où on s'ouvre.

On pourrait prendre un temps tout simple pour dire : "Comment ça s'est passé pour vous ?

Qu'est-ce que vous avez ressenti ?"

Et là, on va pouvoir travailler la dimension expérientielle.

Quelles ont été vos émotions, quelles ont été vos pensées, quelles ont été vos sensations ?

Et donc, là, on va travailler certaines compétences grâce à cette pédagogie et à ce temps de partage expérientiel.

Ce sont quelques éléments, mais on voit que si on reprend la grille des six facteurs, ça peut être implémenté.

Bien sûr que si on veut développer totalement les CPS, il faudra y rajouter des activités formelles structurées, on ne va pas croire que c'est juste avec des petites touches que ces grandes CPS vont se développer, et puis aussi l'intégrer dans un projet global autour des CPS et dans un climat relationnel qui va être soutenant et favorable.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Dorie, est-ce que vous pouvez rapidement nous donner des exemples d'activités qui vont aussi permettre de développer ces CPS via le numérique ?

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Alors, très rapidement, moi, il y a un jeu que j'adore.

C'est un jeu vidéo où on incarne soit les bras, soit les jambes d'un poulpe.

Ce n'est pas un vrai poulpe, c'est toi le spécialiste des animaux marins, mais c'est plutôt huit, je crois.

En l'occurrence, c'est quatre.

Du coup, chacun des enfants, avec une manette, ça se joue à quatre, va jouer un bout du poulpe qui va devoir entreprendre des actions extrêmement simples, mais ça, pour travailler la capacité à travailler ensemble, à se coordonner, à s'organiser, c'est très intéressant, d'autant plus si on fait un débrief derrière en disant ce qui a fonctionné, ce qui ne fonctionne pas.

"Quand tu cries sur ton camarade, a priori, il n'obéit pas mieux.

Ça ne fonctionne pas."

Donc, ce petit jeu, c'est vraiment l'utilisation du jeu vidéo pour le développement de compétences psychosociales qui vont être utiles.

Et puis évidemment, il y a l'autre manière de faire : on travaille le développement de compétences numériques.

Je reviens sur mon exemple de réseau, un dispositif qui résout des problèmes adolescents dans les mondes numériques, où on va collectivement chercher à résoudre des problèmes, et parfois, par exemple, à aider un jeune victime de cyberharcèlement sur les réseaux, et on va devoir trouver des solutions pour l'aider à s'en sortir et pour peut-être aussi lui expliquer quelle autre décision il aurait pu prendre.

Là, c'est très intéressant de voir comment des élèves réunis en groupe d'une part cherchent à résoudre un problème en mobilisant leurs propres compétences, et puis derrière, évidemment, comment on peut les aider à trouver des solutions auxquelles ils n'auraient pas pensé pour qu'ils prennent un peu de hauteur sur la situation.

Et vraiment, aujourd'hui, on peut faire de l'éducation au numérique sans outils numériques, ça, c'est extrêmement important.

Pour l'atelier de résolution de problèmes, on n'a pas besoin d'avoir d'ordinateur, mais on doit mettre les mains dans le cambouis, trouver des solutions, être bien dans la question de l'expérience.

Il faut que les adolescents racontent leurs expériences, donc il faut qu'ils se sentent dans un contexte où c'est OK de raconter qu'on a fait des choses pas totalement autorisées pour les adultes.

Par exemple, à 12 ans, avoir un compte sur les réseaux sociaux, théoriquement, ce n'est pas autorisé.

Est-ce que je peux en parler quand même, dire ce que j'ai vraiment vécu, à quel point c'était difficile, et est-ce que le cadre de la classe est suffisamment "secure" pour m'offrir l'opportunité de discuter des difficultés que je rencontre pour de vrai ?

On voit bien que si on arrive bien à travailler ces notions-là sans dispositif numérique compliqué, on crée quand même la possibilité pour des adolescents de bien vivre le numérique dans leur vie, et peut-être même de devenir des influenceurs extrêmement chevronnés, même si ce n'est vraiment pas une fin en soi.

Ce n'est pas une fin en soi.

Ou des chercheurs d'université, plutôt.

Des comme toi.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Un bien beau métier.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Ou juste bien dans leur peau.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Juste des gens heureux.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Juste des gens heureux, déjà.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Comme disait le grand philosophe Gérard Lenormand.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Béatrice, pour terminer, ce référentiel vient de paraître, sur les compétences psychosociales.

Est-ce qu'il y a des choses qui se profilent entre ministère de la Santé, ministère de l'Éducation ?

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Oui, c'est important d'avoir ça en tête.

On a pointé, on le sent, on le pressent un peu partout, ces CPS, ces compétences psychosociales qui sont un déterminant majeur de la santé globale et de la réussite éducative.

Il y a vraiment une prise de conscience importante autour de l'importance de développer ces CPS, et donc, depuis l'année dernière, une stratégie interministérielle est en train d'être mise en place.

Interministérielle, notamment le ministère de la Santé et le ministère de l'Éducation nationale.

Au total, huit ministères ont cosigné et ont publié une instruction interministérielle en août 2022, qui précise en effet des objectifs ambitieux, avec l'idée d'avoir à 15 ans des jeunes qui puissent bénéficier d'un développement des compétences psychosociales, des objectifs de santé, des objectifs, aussi, autour de la réussite scolaire, tout un ensemble de mesures et des feuilles de route qui vont se décliner dans chacun des ministères.

En ce qui concerne Santé publique France, nous, on vient en appui à la mise en œuvre de cette instruction, de ces objectifs très ambitieux de santé et de réussite éducative.

On a donc réalisé l'année dernière ce référentiel qui permet de poser le cadre commun, donc ces définitions, ces facteurs d'efficacité, les effets mentionnés.

Là, on est en attente, mais après, on est concrètement, comment on va pouvoir développer ces CPS.

On va y aller petit à petit.

On va fournir des supports en appui.

Le prochain support, ça va être un référentiel pratique qui va nous permettre de vraiment comprendre les mécanismes de chacune des compétences psychosociales pour mieux les appréhender et pour mieux les mettre en œuvre.

Donc, on va avoir un référentiel qui va détailler ces CPS, donner des exemples types d'activités formelles et informelles, expliciter la pédagogie expérientielle, et à partir de là, il va y avoir aussi des guides, des guides par population qui vont permettre de mettre en œuvre des projets CPS dans les différents milieux.

On va commencer par les plus petits.

Mettre en œuvre des ateliers auprès des 3-6 ans et auprès des parents aussi.

Et en plus de ça, il va y avoir des supports en ligne, des supports pour développer les CPS des adultes et des jeunes, puisqu'on l'a vu, c'est un élément central.

Donc, on va travailler à un support en ligne, un programme en ligne pour développer ses propres CPS, et en appui, des formations qui vont avoir lieu sur tout le territoire dans les différents milieux.

On va proposer des autoformations en ligne qui vont venir en complément des formations en présentiel.

Et le tout, comme c'est un peu une spécialité de Santé publique France, ça va être porté par des grandes actions de marketing social pour justement développer un peu une culture CPS.

C'est dans l'air du temps, mais l'idée est vraiment d'aller plus loin, de vraiment soutenir et de mettre la question du bien-être au cœur de notre quotidien et au cœur de notre pratique.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Donc, on attend tout ce qui sera dédié pour le numérique en particulier dans cette approche CPS.

"Les questions-réponses" On va passer à un temps de questions-réponses, avec une première question : pourquoi la perte d'un mot de passe pour un jeune issu d'un quartier QPV, mais là, je vous laisse développer...

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-D'un quartier populaire.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Pourquoi est-ce un problème insoluble ?

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Pourquoi c'est insoluble ?

Est-ce que certains d'entre vous ont déjà essayé de se faire réinitialiser un mot de passe lorsqu'on n'a pas conservé le mot de passe ?

On doit aller d'abord chez le fournisseur d'accès, puis, pour les iPhone, il faut aller jusqu'à Apple.

C'est très compliqué, il y a des survérifications.

Pourquoi c'est plus compliqué dans des familles populaires ?

Tout simplement, parce que si on se réfère aux travaux sur les usages des technologies numériques dans les familles populaires, je pense à l'excellent travail de ma collègue Dominique Pasquier sur l'Internet des familles modestes, si on regarde comment la dématérialisation a pu stigmatiser ça de manière très forte, l'usage d'un mot de passe est associé à un usage adulte responsable dominant, surdominant, c'est le troisième usage mondial, c'est le courrier électronique.

Dans des familles qui n'ont pas un usage ordinaire du courrier électronique, qui ont laissé les ados prendre le pouvoir, "prendre le pouvoir", qui laissent les ados consommer, voilà...

On va les limiter sur la consommation d'alcool, s'ils prennent du poids, on va les limiter sur les repas, mais le numérique file entre les doigts d'un certain nombre de parents.

Eh bien, non seulement ces gamins, mais aussi leurs parents sont dans l'impossibilité complète d'imaginer comment résoudre le problème.

On travaille en collectif, on fait des choses qui s'appellent des ethnographies.

S'il n'y avait que moi qui avais observé ça dans une famille, je ne vous en parlerais pas.

En fait, dans plusieurs travaux de thèse très récents, par exemple, il y a eu la thèse de Yann Gueguen soutenue en 2019 sur l'ensemble des élèves de SEGPA de la ville de Brest, ça fait quand même du monde, ce type de situation, on l'a rencontré plein de fois.

Il y a des démonstrations, ensuite, qu'on va trouver du côté du reconditionnement des technologies.

C'est-à-dire qu'il y a aussi des dispositifs d'insertion, des dispositifs de médiation numérique, et si on commence à faire causer un peu le social avec l'éducation, on se rend compte que finalement, ceux qui sont les plus en difficulté culturellement, socialement, etc., sont aussi ceux qui consomment...

J'ai du mal avec "bien", "mal", ceux qui consomment de la manière la moins...

On parle du numérique responsable, etc.

Ceux qui consomment de la manière la moins responsable ces technologies.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-D'où l'importance d'accompagner la parentalité numérique.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Bien sûr, bien sûr, c'est un des enjeux les plus forts.

Je peux vous donner une illustration de ça qui rejoint le sujet.

Il y a un dispositif qui s'appelle les Universités Populaires de Parents.

En général, ce sont des éduc de prévention, c'est sur le modèle des universités populaires, ce sont des parents en très grande difficulté qui sont encadrés par des travailleurs sociaux et des bénévoles qui se mettent en situation de parents, et ils invitent de temps en temps non pas un grand universitaire, mais ce qu'ils appellent un grand témoin.

On passe la journée avec eux.

J'ai pu échanger pendant une petite dizaine de minutes avec un papa complètement paniqué.

C'était pour lui très compliqué.

Avait-il le droit d'autoriser son fils de 14 ans à utiliser un jeu de moins de 18 ans ?

Lui faire comprendre que si tous les gamins de 14 ans jouent à des jeux de moins de 18 ans, ce n'est pas si grave, c'est le travail entre normes et règles, ce n'est pas tout à fait la même chose, par contre, que si son fils a 8 ans, ça peut être très grave.

Ou cette maman qui demande à sa fille combien ils ont dépensé sur "Fortnite" l'année dernière, et la fille, dans une famille bénéficiaire des minima sociaux, répond : "800 euros en skins."

Pour ceux qui ne savent pas, un skin est un déguisement virtuel.

Vous voyez bien qu'on est dans le monde du déraisonnable.

Les gens ont perdu leurs repères.

C'est ça, l'histoire du mot de passe qui disparaît.

On jette le téléphone et on en rachète un autre, parce qu'il coûte pas cher, c'est un euro.

Vous voyez bien tous les modèles économiques qu'il y a derrière.

Il faut accompagner les familles autour de ça.

C'est envahissant et incompréhensible pour tout un tas de gens.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-La réponse n'était pas courte, mais elle était riche.

Une deuxième question.

Les lycéens ont été livrés aux espaces virtuels pendant la pandémie, et certains ont des difficultés à revenir dans les établissements et à socialiser en présentiel.

Des angoisses, des décrochages.

Existe-t-il des pistes pour valoriser le présentiel en s'appuyant sur le numérique ?

Dorie, peut-être.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Nous, ce qu'on a vu, en tout cas, dans la question du décrochage lié à la place des outils numériques...

D'abord, ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a plein d'enfants qui ont vécu des épreuves terribles liées au confinement avec l'utilisation du numérique, parce qu'il n'y avait pas assez de matériel à la maison, du matériel non adapté, un smartphone, ce n'est pas un ordi, etc.

Ça, on le sait, aujourd'hui.

Mais ce qu'il y a de vrai aussi, c'est que quand on a fait l'expérience de la liberté, des horaires qu'on veut, du rythme qu'on veut, des formats qu'on peut ne pas écouter aussi, que c'est plus facile, revenir à quelque chose de classique et de normé, du coup, c'est plus compliqué.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Béatrice, un complément ?

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Du côté de la santé mentale, je pense qu'il faut faire la part des choses entre les problématiques autour des troubles psychiques et de la souffrance psychique qui vont être traitées dans le cadre de la question de la santé mentale.

Les troubles psychiques et la souffrance psychique ont globalement augmenté, ces derniers mois, ces dernières années.

Là, c'est la question de la prise en charge, comment la prise en charge des jeunes est organisée.

Ça, c'est une chose.

Après, il y a la question du développement des CPS et du bien-être de façon générale.

Là, je serais plus dans mon domaine à moi.

Donc, en effet, comment faire en sorte que le bien-être et ces compétences psychosociales puissent vivre, on l'a vu aujourd'hui, dans les pratiques courantes dans le quotidien des élèves ?

Il y a plusieurs pistes.

Et puis tout simplement, aussi, comme on le disait, ouvrir un espace d'échange structuré.

On va le proposer dans nos prochains guides pour prendre un temps d'échange.

On le fait souvent dans les petites classes, mais pour les plus grands, ce temps de partage sur le ressenti, sur le vécu personnel est rarement fait.

Il y a peu de retours là-dessus.

Donc, on va pouvoir proposer ces temps d'échange, non pas pour faire de la psychothérapie, ce n'est pas l'ouverture à la psychothérapie pour tout le monde, mais c'est juste de considérer la personne et son vécu comme un élément essentiel pour bien apprendre.

On est clairs là-dessus.

Ce n'est pas l'idée de travailler en profondeur sur ses problèmes psychiques.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-J'insiste sur un point, corrélation n'est pas causalité.

Ce n'est pas parce qu'on s'est mis à avoir du numérique, soudainement plus de numérique, que c'est la raison pour laquelle ces jeunes décrochent.

L'utilisation du terme "virtuel", aussi, il faut y faire attention.

Dans les espaces numériques, nos expériences sont absolument réelles.

Elles ne sont pas virtuelles.

Il faut quand même...

Il y a une tendance à se dire : "Oh là là, ces écrans qui enferment !"

OK, peut-être un peu, c'est possible.

En tout cas, on l'a vu aussi dans cette rencontre.

Mais attention à bien imaginer aussi qu'il se passe peut-être d'autres choses qu'on a peut-être ratées.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Une dernière question pour conclure.

Comment être un bon enseignant dans ce contexte, si nous ne sommes pas nous-mêmes accompagnés, formés avant d'être mis face aux élèves ?

Vous l'attendiez, mais c'est une question évidemment centrale.

C'est évidemment la raison de ce webinaire, c'est bien la question de la formation.

Pascal Plantard, professeur à l'université de Rennes 2, anthropologue et co-directeur du GIS M@rsouin.

-Je peux enchaîner sur la suite de ce que vous venez de dire.

Dans les travaux qu'on a menés sur les périodes de confinement, on a vu se dérouler...

En tant que scientifiques, en tant qu'anthropologues, la période qu'on vit est passionnante.

On a vu se dérouler sous nos yeux ce que Mauss appelait un fait social total.

Le fait social total, ça se caractérise par des signaux faibles, par une transformation psychodynamique générale.

On savait un tas de choses sur comment allait se passer l'école à la maison, comment ça allait mal se passer.

On connaissait les taux d'équipement, la discrimination, par exemple, de l'équipement en multi-ordinateurs.

Ultra discriminé.

On est dans les familles "upper class", on est là-dedans, et on savait que plein de gens allaient se retrouver sur des smartphones.

Mais ce qu'on n'avait pas anticipé du tout, c'est globalement le retour direct à la question relationnelle.

Tout un tas d'enseignants se sont investis pendant le confinement par peur de perdre les élèves.

Là, il n'était plus question de didactique.

Combien ont été chercher du côté des gamers avec Discord ?

Combien ont utilisé des Snapchat de classe ?

Je connais des enseignants qui se sont déplacés en Centre-Bretagne pour emmener des papiers polycopiés, pour donner des devoirs.

Il y a eu un retour du : "On ne fait pas de didactique et on ne fait pas d'enseignement sans élèves."

Ça nous l'a rappelé d'un coup.

Et on ne peut pas le faire entièrement avec le numérique, puisqu'il y a une vraie discrimination en territoires, en capital culturel, etc.

La question est centrale, maintenant.

Comment on conçoit la formation des enseignants ?

Il y a une vraie question de place des questions sociétales, en particulier la question des usages des technologies numériques, mais pas que, dans la formation initiale des enseignants.

Je vais pointer quelque chose de vraiment fondamental qui est en creux dans la question, c'est que la formation des enseignants ne s'arrête pas au concours.

Soyons sérieux, il y a un moment donné, je ne comprends pas pourquoi tous les autres métiers sont formés en permanence à l'évolution sociale, à l'évolution des technologies, à l'évolution du journalisme, j'en passe et des meilleures, et que les enseignants ne bénéficieraient finalement que de très peu de formations.

Il y a une vraie logique.

Les ateliers Canopé sont mobilisés, les nouvelles EAFC, Écoles académiques de la formation continue, les modèles qu'on a proposés les uns et les autres de formation en atelier, de formation sur site, d'ateliers d'analyse des pratiques...

Je pense qu'il faut faire redescendre la formation directement au plus près des enseignants et des établissements et la centrer sur l'analyse de leurs pratiques, de manière à élaborer, comme on vient de le faire dans tout ce webinaire, autour de plusieurs questions, mais la question des compétences psychosociales est centrale, la question de la parentalité est centrale, la question des usages et du dessaisissement éducatif est centrale aussi, mais on ne peut pas faire feu de tout bois partout.

Attendons les demandes.

Il y a des endroits qui demandent de venir traiter tel sujet avec les enseignants.

Donc, moi, je pense qu'il faut monter un dispositif d'accompagnement au fil de l'eau, tout au long de la carrière, la fameuse éducation et formation tout au long de la vie, au plus près des enseignants.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Et du coup, nous, on sort une étude, je l'ai évoqué tout à l'heure, EDU 2030, là, bientôt, dans moins d'un mois, dont le sujet est la question de la formation des enseignants au développement des compétences numériques de leurs élèves.

On ne s'est intéressés qu'au premier degré, mais il y avait déjà tellement à faire.

Peut-être dire que ça n'est pas si simple, que même si certains enseignants manifestent du désir pour ce sujet-là, il y a 18 heures de formation continue par an par enseignant, il y a le plan maths, français, il y a très peu de créneaux disponibles, déjà.

Et quand cette formation a lieu, il faut qu'elle soit très connectée à leurs besoins de terrain, et puis aussi, il faut qu'ils sachent pourquoi ils rentrent en formation, il faut qu'ils aient compris l'intérêt que ça représente pour eux.

Par ailleurs, je me permets de le dire, c'est le moment où je tire à boulets rouges sur les collectivités, mais la question de l'équipement numérique dans les établissements est un sujet qui est compliqué, qui est porté par les collectivités et pas par l'Éducation nationale et qui mérite d'être retravaillé, puisqu'aujourd'hui, quand vous avez un ordinateur qui marche par salle de classe, ça paraît compliqué de se lancer dans des projets expérientiels avec du numérique dedans.

On est d'accord qu'on peut faire des activités débranchées, mais n'empêche que peut-être que la transformation numérique dont nous avons besoin à l'école nécessite aussi une transformation de la forme scolaire, mais aussi des équipements.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-On peut citer le dispositif Territoires numériques éducatifs.

Dorie Bruyas, directrice générale de Fréquence écoles.

-Oui, c'est le moment de parler de TNE.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-Ce n'est plus le moment, parce qu'on n'a plus le temps.

C'est un projet qui est mis en place et qui va traiter un certain nombre de ces questions et, espérons-le, trouver des réponses qui pourront ensuite être déployées sur tout le territoire.

Béatrice Lamboy, conseillère scientifique à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé publique France.

-Sur les CPS, je pense qu'on peut juste dire un mot pour dire que cette question de la formation est bien au cœur du dispositif.

On a bien pris conscience de l'importance de former, à la fois pour développer ses propres CPS et pour pouvoir mettre en place des activités formelles et informelles.

Il y a une véritable prise de conscience et il y a une stratégie qui est en train de se construire dans ce sens-là.

Mélinée Chanard, Réseau Canopé.

-On va terminer sur cette note positive et ce plaidoyer pour conclure nos échanges.

Un grand merci à vous trois pour tout ce que vous avez apporté, je crois, en matière à réfléchir pour tous ceux qui ont suivi ce webinaire.

Je vous remercie, à vous, de l'avoir suivi.

Merci enfin aux équipes de Canopé pour l'organisation et pour le dispositif technique.

À très bientôt pour d'autres formations autour du numérique.

Crédits

  • Direction de publication : Marie-Caroline Missir
  • Production : Réseau Canopé
  • Partenariat : Pix
  • Licence : CC BY-NC-ND 4.0

Ressource produite avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse

Financé par le Gouvernement de la République française, liberté égalité fraternité, le plan France Relance et l'Union européenne (NextGenerationEU)