Le numérique comme laboratoire pédagogique (extrait webinaire)
Le numérique a changé la manière d'enseigner. Certains enseignants s'en saisissent pour mieux comprendre les élèves grâce aux traces d'apprentissage laissées dans les quiz, pour leur proposer plus d'activités et moins de cours magistraux, etc. Ils expérimentent diverses postures et manières de faire classe, développant leurs propres pratiques. Avec Bruno Devauchelle, professeur associé et chercheur honoraire en sciences de l'éducation, et Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie.
Transcription
"Le développement des compétences numériques des élèves" "Zoom sur : Le numérique comme laboratoire pédagogique" Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Mon expérience d'enseignant, ça fait un peu moins de 30 ans que j'enseigne, et c'est vrai que le numérique a quand même changé mes pratiques ces dernières années.
Le numérique est devenu un peu pour moi un laboratoire pédagogique.
C'est vrai que j'ai changé la façon de travailler.
Avant, je suis en lycée, c'était surtout du cours magistral, les élèves engrangeaient les connaissances, et à la fin de l'heure, je ne savais pas ce qu'ils avaient noté, je ne pouvais pas vérifier.
C'est vrai qu'avec le numérique, il y a quelque chose de gratifiant.
Déjà, je ne fais pratiquement jamais de cours magistral.
C'est plus des activités en groupes, en autonomie.
Il y a plein d'activités qui s'offrent à moi.
Des fois, ça marche, des fois, ça ne marche pas.
Et ça aussi, il faut accepter ses erreurs.
Et puis il y a aussi les traces d'apprentissage qui sont gratifiantes pour l'enseignant, parce que, par exemple, quand je donne une activité à faire à la maison, je peux éventuellement donner trois tentatives.
Je peux savoir si l'élève, par exemple, a utilisé les trois tentatives ou s'il a réussi du premier coup l'exercice.
Je peux savoir quelles difficultés il a eues, quelle est la durée de temps consacrée à l'exercice la première fois, puis la deuxième.
Je ne m'amuse pas à tout regarder, mais disons que quand on veut cibler les difficultés de l'élève, je trouve qu'on a, avec le numérique, grâce à ces traces d'apprentissage, je dirais une pédagogie un peu plus fondée et plus riche qu'avant, où il y avait simplement le cahier, le cours magistral, sans vouloir décrédibiliser le cours magistral, parce que je respecte aussi les enseignants qui continuent à l'utiliser.
Il n'y a pas de pédagogie parfaite, donc, de ce côté-là, excusez-moi.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Justement, quand on parle des pratiques pédagogiques, on sait qu'il y a des modes.
Une des récentes modes, c'était la classe inversée.
Mais on a des choses très anciennes.
Dewey avait, au début du siècle dernier, développé, déjà, des pédagogies d'enquête et autres.
Aujourd'hui, dans les pédagogies de projet, on a pas mal de choses à faire.
Et je pense que, par exemple, dans l'enseignement primaire, mais aussi dans certains cours d'enseignement secondaire, on a aussi la classe en atelier, où les élèves sont en semi-autonomie, avec des activités qui durent une heure, deux heures, trois heures.
Une enseignante me racontait qu'elle fait ça deux fois par semaine, deux après-midi, une classe atelier.
Elle a six tablettes, c'est pour un groupe qui va, après ça, passer à un autre groupe.
Et dans l'observation qu'on a faite, pour l'enseignant, ça lui permet d'intervenir plus facilement auprès d'un petit groupe pour ajuster les compétences numériques nécessaires auprès des élèves, mais aussi pour lui-même pouvoir développer l'accompagnement dont il a besoin, et en même temps laisser les élèves avec assez d'autonomie, car l'une des caractéristiques de l'apprentissage du numérique par les élèves, c'est l'essai-erreur.
Ils apprennent d'abord comme ça.
Donc, leur laisser suffisamment d'autonomie, mais en même temps réguler, parfois par un apport magistral, d'ailleurs, c'est absolument essentiel.
On le voit, on parle de la trace, de tracer l'activité des élèves, mais on regarde aussi la trace de fin de séquence ou la trace de fin de séance.
J'observais récemment un cours de géographie où l'enseignant prenait soin, à la fin, de faire une trace, de faire prendre à la main, alors qu'on est dans le numérique, de prendre à la main la trace, mais aussi de leur dire qu'elle sera après sur le cahier de texte numérique de façon à ce qu'on consolide, et éventuellement de faire elle-même un petit apport la fois suivante pour pouvoir démarrer le cours.
Parce qu'on parle du cours magistral, mais le cours magistral, l'attitude magistrale, elle dure parfois 10 minutes sur une heure, et pas forcément 7 heures sur 7 heures.
C'est surtout ça qu'il faut casser.
D'ailleurs, quand on observe les pratiques, dans les collèges, dans les lycées, on s'aperçoit que de moins en moins, les enseignants eux-mêmes supportent ça.
Du coup, les moyens numériques peuvent aider à cette différenciation, à cette personnalisation des parcours, en particulier, on l'évoquait, et il faut l'évoquer absolument, cette histoire des enfants qui sont à besoins éducatifs particuliers, qui eux peuvent avoir, par exemple, une AESH avec eux, avoir un ordinateur spécifique alors que les autres ne l'ont pas.
On voit bien que là, il y a quelque chose de l'ordre de la compétence d'accompagnement dans un contexte numérique.
Je pense que c'est important aussi pour les enseignants.
Crédits
- Direction de publication : Marie-Caroline Missir
- Production : Réseau Canopé
- Partenariat : Pix
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