Le développement des compétences numériques des élèves
De la maternelle au lycée, les élèves doivent acquérir et maîtriser des compétences numériques. Les enjeux et défis à relever concernent aussi les compétences numériques des enseignants. Faut-il distinguer compétences numériques pour la vie de l’élève et compétences numériques pour ses apprentissages scolaires ? Quelles pistes pour un suivi progressif sur toute la scolarité de l’élève ? Quelles pratiques pour susciter et faciliter le travail en équipe des enseignants ? Éclairages et pistes de réflexion ! Avec Bruno Devauchelle, professeur associé et chercheur honoraire en sciences de l'éducation, Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie, et Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
Mélinée Chanard.
-Développer le numérique à l'école constitue un enjeu pour construire la citoyenneté numérique, favoriser une école inclusive, assurer la continuité pédagogique et administrative pour une école plus résiliente et pour la réussite de chacun.
Chaque professeur doit donc être formé aux compétences et à la culture numériques afin de s'inscrire dans une démarche de développement professionnel et de pouvoir accompagner ses élèves.
Un nouveau référentiel inspiré du DigCompEdu européen a été stabilisé en décembre 2021.
Ce cadre de référence des compétences numériques pour l'éducation, CRCN-E ou CRCN Édu, donne lieu à un dispositif de reconnaissance de ces compétences destiné à rendre compte d'une maîtrise progressive dans la carrière de chaque enseignant.
Il fait l'objet d'une phase pilote qui a débuté en janvier 2022.
En partenariat avec le groupement d'intérêt public Pix, avec le soutien du ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse et financé dans le cadre du plan France Relance, Réseau Canopé propose une série de webinaires pour accompagner les enseignants dans ce dispositif.
"Le développement des compétences numériques des élèves" "Avec Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation, Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique, Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix" Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Bienvenue, bienvenue à ce webinaire intitulé "Le développement des compétences numériques des élèves, un travail collectif".
Sur le plateau, on a la chance de recevoir trois intervenants.
On commence par Bruno Devauchelle, vous êtes professeur associé et chercheur honoraire du côté de l'université de Poitiers, et aussi rattaché au laboratoire Techné.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Bonsoir, oui, tout à fait.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Arnaud Corrèze, vous êtes enseignant en lycée, professeur d'histoire-géographie et référent Pix de votre établissement qui se trouve du côté de Toul, dans le 54.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Bonsoir.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Et Pascal Burgain, vous êtes conseiller pédagogique départemental en charge du numérique en Meurthe-et-Moselle.
Vous êtes aussi chef de projet ENT premier degré, on expliquera ce qu'est un ENT, pour la DANE de Nancy-Metz.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Tout à fait, bonjour.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Une première question, pour lancer ce webinaire.
On va parler forcément de compétences numériques des élèves, avec peut-être un premier élément autour de compétences numériques des élèves dans leur vie d'enfants, d'élèves, d'adolescents, et compétences numériques des élèves scolaires.
Il y a une dichotomie dans ces deux compétences ou elles se rejoignent ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-D'abord, il y a une dichotomie.
Il y a ce qu'on appelle les pratiques sociales.
Les enfants jouent, les enfants utilisent beaucoup le numérique à la maison.
Et puis ils arrivent à l'école et on leur fait miroiter, on leur fait tester, on les met devant, parfois, des tablettes ou des ordinateurs, et il y a parfois un écart.
Et cet écart peut être pour eux révélateur de certaines choses nouvelles qu'ils ne connaissent pas, mais aussi, parfois, c'est le fait qu'ils ont aussi développé des compétences à la maison.
Quelle est la continuité, quelle est la rupture ?
Sachant que l'institution scolaire a aussi une mission qui est de permettre à tous les élèves de pouvoir acquérir des compétences communes par rapport aux situations dans lesquelles nous sommes, puisque nous sommes dans un univers qui, aujourd'hui, est largement numérisé.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Pascal Burgain, voulez-vous rebondir ?
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-On peut faire à peu près le même parallèle avec les professeurs qui, effectivement, arrivent dans le métier ou sont déjà dans le métier et n'ont pas tous la même appétence, les mêmes compétences pour le numérique.
Pour autant, ils ont aussi des élèves qui n'ont pas, comme on l'a dit, tous les mêmes compétences.
Donc, notre rôle d'égalité, de tendre vers une égalité vers ces compétences-là les oblige finalement à travailler cette notion-là et à être plus efficaces pour accéder à ces compétences.
En plus, je mettrais un deuxième accent tout de suite sur ce qu'on pourrait avoir comme regard de ce qu'on fait en numérique.
Et effectivement, ce regard et ce recul qu'on doit avoir, notamment sur l'analyse, un petit peu, de ce qu'on voit sur les médias et l'information, qui permettent de prendre un peu de recul là-dessus et de se demander pourquoi et comment on le fait et de le faire au mieux.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Arnaud, ça résonne, pour vous, pour le côté du second degré ?
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Oui, pour rejoindre ce qui a été dit par mes confrères, je pourrais parler aussi de l'enjeu de la citoyenneté du numérique.
Il ne s'agit pas seulement de transmettre des apprentissages, il s'agit également de sensibiliser aux usages raisonnés du numérique, et de les mettre en garde, par exemple, sur la cybermalveillance, sur le problème des datas, des données, et donc c'est essentiel.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Les compétences numériques ne se limitent pas à des compétences techniques.
Trop souvent, on pourrait penser qu'il s'agit de savoir manipuler, mais ce que vous venez d'évoquer montre bien qu'il y a aussi tout un champ qui est la citoyenneté, qui est l'éducation aux médias, et là, il y a un énorme travail.
Et justement, c'est une grande responsabilité des enseignants et une grande difficulté des familles et des élèves.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-On peut remarquer, dans le premier degré notamment, de ce que je connais, des expériences en web radio qui permettent d'utiliser le langage, d'utiliser l'écrit et de savoir comment on va le retransmettre et le mettre en œuvre.
On peut noter aussi un travail autour des médias, autour des fake news, parce que c'est quand même un sujet à la mode.
On a mis en place, par exemple, dans mon département, une action qui s'appelle "Prouve-le" qui permet de décrypter, de faire décrypter à des élèves un certain nombre d'idées, un certain nombre d'images pour savoir si c'est du vrai ou si c'est du faux.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Sur cette question de la scolarisation et des compétences numériques, je vais poser une question très générale, mais est-ce que le système est à la hauteur ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Je vais faire le vieux, je vais parler du B2i, du brevet informatique et internet, puis de ce qui s'est passé avant.
Le B2i était censé initier ce que l'on voit aujourd'hui avec ce que l'on appelle le Pix.
En fait, c'est la continuité, sauf qu'on s'est aperçus que le système scolaire a eu énormément de mal à rentrer dans cette logique.
Il y avait deux problèmes.
Le premier : le problème d'une logique d'approche par compétences.
Ce qui est encore parfois difficile.
Le deuxième, c'était la logique des...
Quelles compétences ?
C'est quoi, ces compétences ?
Les enseignants disant : "On ne les maîtrise pas.
Qu'est-ce qu'on fait ?
Est-ce qu'on peut les enseigner, est-ce qu'on peut même les évaluer ?"
En plus, n'oublions pas qu'avec le B2i, il fallait non seulement former les élèves, et il fallait les évaluer.
C'était l'enseignant qui le faisait ou pas qui les évaluait ou pas.
Ce qui a donné malheureusement des dérives pas très sympathiques.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-On avait un cadre.
Ce cadre était intéressant, ça permettait effectivement de se lancer avec un cadre défini dans des compétences à acquérir, qui étaient plus du savoir-faire que du savoir-être.
Et on est passés, dans ces dix dernières années, à plus essayer de travailler le numérique dans le savoir-être en essayant de simplifier les choses et d'être vraiment dans un outil dans la continuité des apprentissages, et pas seulement aller en salle informatique faire du B2i.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-J'allais enchaîner sur Arnaud.
Ça nous évoque forcément, vous allez expliquer l'acronyme, la SNT dans le second degré.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Oui, dans le second degré, depuis quelques années, il y a la possibilité pour tous les entrants de seconde de bénéficier d'une heure et demie à deux heures de sciences numériques et technologie.
Donc, il faut bien savoir le contexte.
Dans la vie d'un élève, à 15 ou 16 ans, en entrant en seconde, dans la plupart des régions, en France, ils reçoivent un ordinateur, un outil numérique.
La SNT est là pour les accompagner à prendre en main cet outil et à découvrir aussi à la fois des compétences informatiques, par exemple le codage, par exemple la photographie numérique, l'intelligence artificielle, et puis également, je dirais, ce qui relèverait plus du numérique à travers l'aspect moral, l'aspect prise de hauteur par rapport aux enjeux des écrans dans le quotidien des élèves.
Il y a les pratiques sociales et il y a aussi l'éducation qui est là pour justement porter un regard plus critique à l'égard de ces pratiques sociales.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Vous voulez réagir, Bruno ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Oui.
Justement, sur ce SNT, c'était indispensable, à un moment ou à un autre, qu'on définisse une sorte de seuil obligatoire.
Et en introduisant en classe de seconde, dès 2018-2019, cet enseignement, on l'a rendu obligatoire à tous les élèves de lycée général et technologique.
On déplorera qu'on ne l'ait pas rendu obligatoire pour les élèves de lycée professionnel, mais ce n'est pas grave.
Les lycées professionnels travaillent autrement, mais c'était important.
Il y a un seuil, et ce qui est important, c'est aussi que par rapport aux pratiques sociales, il est nécessaire, à cet âge-là, de leur donner un cadre de référence, et ce cadre de référence, c'est celui qui est dans le programme SNT.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-On parle de Pix, on parle du CRCN, du CRCN Édu, on a parlé du B2i.
Tout ça, est-ce que ça s'est articulé dans l'histoire de l'éducation, pour le dire comme ça ?
Est-ce qu'il y a encore des choses qui se superposent, ça s'harmonise ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Alors, on peut dire que depuis novembre 2000, date de mise en route du B2i, du brevet informatique et internet, il y a une logique de développement qui est très lente.
Il faut savoir inscrire ça dans la durée, mais il y a toujours cette logique.
Lorsque Pix a été mis en place, il a d'abord été travaillé dans l'enseignement supérieur.
Dès 2012-2013, l'enseignement supérieur s'en est emparé.
Et on voit bien qu'il y avait la recherche, là, d'une nouvelle continuité.
C'est parti par le supérieur, parce que c'est le supérieur qui avait un énorme besoin de former les étudiants, les jeunes étudiants qui sortaient du lycée.
Il est logique que Pix, petit à petit, ait défini, et c'est ça qui est intéressant, des niveaux de compétence qui sont variables d'un individu à l'autre, mais, en même temps, qui sont indispensables et que donc l'école, dans le cadre du cadre de référence des compétences numériques, le CRCN, doit absolument participer à la formation des élèves.
Reste un problème.
Qui forme les élèves à quoi ?
Dans SNT, c'est clair.
Un enseignant est destiné, et eux, par exemple, dans leur établissement, ont peut-être différentes façons de faire.
D'autres, c'est un enseignant spécialisé qui fait ça seul.
Il y a donc, pour l'instant encore, un temps de stabilisation.
Mais on peut espérer que, ce temps de stabilisation passé, on ait effectivement quelque chose, un corpus solide et une continuité qui va de la maternelle, je dirais, jusqu'à la fin de la scolarité obligatoire.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Si je peux parler un peu de Pix, je rappelle que Pix permet justement à un honnête citoyen, car c'est ouvert au-delà du scolaire, ça permet à un honnête citoyen de pouvoir essayer de mesurer ses compétences numériques dans plein de domaines, aussi bien la création de contenus, l'information, la cybersécurité, etc.
Et à partir de là, il faut bien voir que, ça fait quelques années, un élève, finalement, va commencer avec Pix à partir du collège, à partir de la cinquième, et il va aller jusqu'au supérieur, avec deux certifications obligatoires, en fin de troisième et également en terminale.
Et il y a aussi les BTS.
Donc, il faut bien comprendre que maintenant, Pix est intégré dans un parcours, et c'est une vraie montée en compétences numériques des cohortes d'élèves d'aujourd'hui.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Ça touche les élèves, ça touche aussi les enseignants, puisque dans le cadre, par exemple, tout récemment, du socle numérique pour les écoles élémentaires mis en place avec un plan de financement dans le cadre du plan de relance, ça a été mis en place pour les enseignants, un positionnement Pix qui s'appelle Pix SNEE, du nom du socle numérique des écoles élémentaires.
Cela va permettre aux enseignants de se positionner, éventuellement de remédier, de se former aussi à ces éléments-là.
C'est un élément de formation, ce n'est pas le seul, mais ça pourra en être un.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Pour donner corps à ce qui a été évoqué dans cette première partie, on va regarder le parcours de Timothée, qui nous montre la continuité de ce que peut être le parcours numérique, en tout cas de montée en compétences de l'élève dans ces compétences numériques.
Narratrice.
-Prenons Timothée.
Au cycle 2, il a par exemple été sensibilisé à la programmation informatique, notamment à travers l'utilisation de robots pédagogiques.
Timothée est maintenant au CM2.
Son enseignante, Cécile, lui propose de concevoir une présentation multimédia de leur prochaine sortie scolaire.
À la fin de l'année de CM2, Cécile complétera le livret scolaire unique de Timothée, le LSU, en mentionnant les niveaux atteints dans chacun des cinq domaines du CRCN.
Les professeurs de sixième de Timothée pourront également lui permettre de poursuivre ses apprentissages, et ils compléteront les niveaux atteints en fin d'année dans le livret scolaire unique.
À partir de la cinquième, Timothée peut évaluer ses compétences numériques sur la plateforme Pix.
Pix est le service public en ligne pour évaluer, développer et certifier ses compétences numériques.
Sur le site, chaque élève se teste et progresse à son rythme grâce à des défis instructifs et ludiques.
Les défis sont inspirés de situations réelles d'utilisation : recherche en ligne, manipulation de fichiers et de données, culture numérique.
Selon les questions, Timothée peut naviguer librement sur le Web, utiliser son environnement numérique pour répondre, ou utiliser ses propres connaissances.
Par ailleurs, grâce à Pix Orga, la plateforme de suivi pédagogique et de gestion des tests, les enseignants peuvent diffuser des parcours de test adaptés à leurs objectifs pédagogiques et travailler de manière ciblée.
Chaque enseignant peut alors identifier les besoins de ses élèves en termes de compétences numériques, et ainsi créer et proposer des activités adaptées à ses élèves dans sa discipline.
À l'échelle de l'équipe pédagogique, des projets transdisciplinaires peuvent être pensés pour développer ces compétences et s'inscrire dans les progressions annuelles.
À la fin de la troisième, les compétences numériques de Timothée seront certifiées, et elles le seront de nouveau l'année de sa terminale.
Timothée pourra alors valoriser ses compétences numériques dans le cadre de ses études supérieures et dans le monde du travail en notifiant son niveau sur son CV.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-On a un parcours un petit peu, presque, idéalisé de montée en compétences numériques de l'élève.
Est-ce que l'existence de ce type d'outil, d'accompagnement, assure forcément la continuité entre école, collège, lycée et enseignement supérieur, Bruno Devauchelle ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Théoriquement, oui.
Théoriquement, oui, c'est au moins l'intention.
Maintenant, la grande question, c'est dans quel contexte et avec quelles compétences des enseignants on va pouvoir développer ça.
Pour pouvoir permettre aux élèves d'acquérir toutes ces compétences, il y a un contexte à mettre en place.
On l'a dit dans la vidéo, il y a des disciplines, des enseignements, des contenus qui sont liés à ça.
Il y a aussi des contenus plus spécifiques qui sont assurés par tel ou tel enseignant.
On le voit dans les programmes de maths, dans les programmes de techno.
Donc, il y a bien une possibilité d'assurer cette continuité.
Mais manifestement, aujourd'hui, dans les enquêtes que l'on peut mener dans les établissements scolaires, il y a encore des problèmes.
Alors, je vais faire ça de façon un peu amusante en disant que les professeurs de collège disent toujours qu'en primaire, ils n'ont rien appris, en lycée, qu'ils n'ont rien appris au collège, et dans le supérieur, qu'ils n'ont rien appris au lycée.
On a entendu ça sur le numérique.
"Ils ne savent pas utiliser un ordinateur à l'entrée en sixième, mais on en a besoin pour les évaluations.
En seconde, ils ne maîtrisent pas grand-chose.
Ils jouent beaucoup."
Donc, on est pris, en ce moment, c'est vraiment en ce moment, par cette sorte d'incompréhension qu'il y a entre une intention qui est louable et une réalité qui semble encore avoir du mal à se mettre en place.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Pascal, il y a un outil qui se développe de plus en plus du côté de chez vous, et vous en êtes le référent, ce fameux ENT, environnement numérique de travail.
Est-ce que ça permet justement d'harmoniser ce parcours, et à tous de travailler à peu près à la même vitesse ?
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Oui.
En fait, l'ENT, l'environnement numérique de travail, qui est mis en place dans les écoles, pour moi, c'est vraiment un liant entre le matériel et la pédagogie.
C'est ce qui va permettre à une équipe pédagogique de finalement trouver l'intérêt des usages et de pouvoir continuer ces usages tout en stockant de l'information, en échangeant, en ayant un certain nombre d'activités de communication, de création, de stocker tout ça et de garder tout ça pour l'école, et de construire les choses autour.
Ça, c'est important.
Maintenant, la réalité du terrain, c'est des équipes pédagogiques avec des enseignants qui ne sont pas forcément tous avec les mêmes compétences, avec la même appétence, et donc l'idée, c'est d'y aller tous, forcément d'y aller tous, mais d'y aller chacun à son rythme.
Et l'ENT est relativement facilitant pour ça, effectivement.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Je rebondis sur les outils du secondaire, cette question d'harmonisation, d'homogénéisation, quelque part, dans ces parcours.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Dans mon établissement, par exemple, on parle de concret, je trouve que depuis le confinement, il y a eu les derniers récalcitrants qui critiquaient cette montée du numérique, qui, finalement, n'ont plus trouvé d'arguments.
C'est vrai que l'outil ENT est bien approprié à la fois par les élèves, on va dire les parents, mais il faut relativiser, on parlera des freins tout à l'heure, car tout n'est pas si rose que ça, et puis aussi, bien sûr, les enseignants, qui se sont bien approprié la messagerie, qui se sont bien approprié le cahier de texte.
Et je pourrais aussi rajouter le GAR.
Le GAR, c'est le Gestionnaire d'Accès aux Ressources.
Moi, je suis référent dans mon établissement.
Il faut savoir qu'en début d'année, les enseignants choisissent...
La fin de l'année précédente, ils choisissent leurs manuels, et à partir de là, il y a une possibilité aussi pour les enseignants de développer un collectif, de pouvoir éventuellement échanger, de choisir leurs manuels.
C'est vrai qu'il y a cet aspect de manuels numériques, mais aussi, il y a énormément de ressources, comme par exemple Labomep en maths, par exemple d'autres ressources en géographie, etc.
C'est vrai que c'est un socle commun qui permet réellement, que ce soit le cahier de texte, la messagerie, les ressources numériques, à des enseignants, finalement, eux aussi, de monter en compétences avec leurs élèves.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Bruno Devauchelle, je sais que ce fameux cahier de texte, vous en parlez régulièrement comme une espèce d'objet frontière.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Oui, c'est un peu la différence qu'on évoque aussi entre ce qui touche à la "pédagogie pure" et ce qui touche à la vie de l'élève, ce qu'on appelle la vie scolaire.
C'est souvent une frontière qui n'est pas très bien définie, mais peu importe.
En tout cas, en 2010 et 2011, deux circulaires de rentrée ont imposé à tous l'idée qu'il fallait un cahier de texte obligatoire et qu'il était recommandé d'aller vers les ENT.
Donc, c'est daté, cette affaire-là.
C'est d'autant plus daté que les enseignants, en fait, depuis très longtemps, ont adopté les logiciels de notes.
Mais ça remonte à 30, 35 ans, ça, déjà.
Et finalement, quand ils avaient ça, les équipes dirigeantes, elles, les équipes de direction avaient souvent aussi les logiciels de fabrication d'emplois du temps.
Donc, petit à petit, autour des enseignants, ont été mis à disposition un certain nombre d'outils.
Le cahier de texte est un objet frontière, dans la mesure où d'un seul coup, on a ouvert une porte qui était jusqu'à présent fermée.
Rappelez-vous ces vieux cahiers de texte qu'on avait, qui étaient couverts de craie, souvent, en cours d'année, ces cahiers verts dans lesquels chaque enseignant inscrivait plus ou moins ce qu'il faisait, qui étaient normalement destinés à aider les élèves à regarder ce qu'avait fait l'enseignant surtout s'ils étaient absents.
Avec le cahier de texte numérique, ça évolue beaucoup, puisqu'il est écrit textuellement dans la circulaire, qui est assez intéressante, que les familles, désormais, y ont accès.
Ce qui est la grande nouveauté des ENT et la grande nouveauté du cahier de texte et des logiciels de vie scolaire, c'est qu'on ouvre une porte pour que les parents aussi puissent accompagner leurs enfants.
Donc, les enseignants qui sont parfois un peu réticents à montrer ce qu'ils font, finalement, trouvent là aussi une opportunité pour valoriser leur activité.
On le voit aussi bien en primaire qu'en collège ou en lycée, on voit des réalisations faites par les élèves en classe qui sont présentées sous la forme d'un blog, sous la forme d'un reportage, d'une web tv ou d'une web radio.
C'est très intéressant, parce que ça montre que cet objet technique, qui est vraiment très centré sur l'organisation scolaire, a des prolongations, et des prolongations qui vont dans l'univers du pédagogue.
Ça, c'est très intéressant.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-On note finalement deux pôles.
Un pôle qui va être beaucoup plus relation école-familles, et là, effectivement, indéniablement, les enseignants s'en emparent très rapidement, ça, c'est vraiment un constat global sur ces usages d'ENT.
Et puis on a un pôle plus pédagogique où on va avoir des pôles de création.
C'est vrai que les liens se font.
Quand on a, en maternelle, par exemple, un blog qui devient le cahier de vie de la classe et qui va pouvoir directement, pratiquement en temps réel, avoir une interaction avec les parents, ça devient intéressant, parce que là, on va renforcer le lien école-familles.
Bien entendu, fracture numérique, il faut y penser.
Est-ce que tout le monde a accès ?
On a un certain nombre de données comme ça.
Toujours est-il qu'aujourd'hui, ce lien existe, et on a donc ces éléments intéressants.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Vous voulez réagir, Arnaud ?
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Je vais réagir, on est vraiment dans cette logique d'école inclusive qui va au-delà des parents.
C'est également les élèves qui ont des besoins particuliers, et c'est vrai que le numérique offre aussi des outils pertinents qu'il n'y avait peut-être pas avant pour bien inclure ces élèves dans le cadre scolaire avec d'autres élèves.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Parce que c'est basé sur la dimension de partage.
Finalement, un enseignant peut partager avec quelques élèves ou quelques autres, par groupes, donc différencier, finalement, ses apports.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-J'aimerais qu'on tire un autre fil dans le titre du webinaire.
Il se termine par "un travail d'équipe", avec un point d'interrogation, peut-être.
Des pistes autour de ce travail d'équipe pour développer les compétences numériques des élèves ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Le travail d'équipe, il est très subtil.
Quand on relit les enquêtes qui ont été faites, comme PROFETIC, par exemple, les enseignants disent sur leur propre développement de compétences : "Moi, j'ai appris en autoformation, d'abord.
Ensuite, par les pairs, et après dans des formations que j'ai suivies."
Bon, ça nous dit quoi ?
Ça nous dit qu'il y a effectivement du collectif, mais c'est du collectif très particulier.
Quand on a vu, par exemple, l'implantation des logiciels de gestion de notes et qu'on allait dans les salles des profs dans le secondaire, lorsqu'ils remplissaient les notes, on avait ces enseignants qui s'aidaient les uns les autres.
"Tu peux pas m'aider à faire ci ?"
C'est le début du collectif.
Avec les ENT, on a le même phénomène, ils s'entraident.
Il y a une sorte d'émulation, mais pas une émulation qui se fait du jour au lendemain, ce n'est pas "on est bien ensemble et on fait quelque chose".
Non, je dirais que, petit à petit, c'est presque de la percolation de compétences qui se fait.
D'ailleurs, dans certains endroits, on a un enseignant référent numérique dans l'établissement qui est en charge, justement, d'aider le collectif, tout comme il y a les eRUN ou les RUPN.
Mais là, c'est au niveau de l'établissement.
Pour le premier degré notamment, j'étais assez surpris de voir qu'un certain nombre d'enseignants, qui pourtant n'ont aucune aide institutionnelle pour le faire, cependant, sont très preneurs.
Certains sont peut-être en train de nous écouter, je l'espère.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-On l'espère, en tout cas.
Arnaud Corrèze, vous parliez tout à l'heure du GAR.
Quelques mots de plus, est-ce que ce fameux GAR permet aussi de partager des pratiques, des outils, d'harmoniser un peu les choses et de permettre de favoriser le travail d'équipe ?
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Oui, il y a toutes les ressources dont j'ai parlé, mais au-delà de ça, on parle d'équipe, de travail en équipe.
Il y a le rôle du référent qui est essentiel, et c'est vrai que quand le référent est assez dynamique et actif, ça peut effectivement, par capillarité, avoir des effets positifs auprès des autres enseignants.
Moi, quand je vois le collectif, ce n'est pas le collectif au niveau disciplinaire, c'est plus largement, je dirais, toutes les matières sans être sectaire.
C'est vrai que ça permet de s'ouvrir et de voir aussi que le numérique est adapté aux disciplines.
Et ce n'est pas toujours facile, ça complique les choses.
C'est vrai que pour cela, il faut une formation adaptée, dont on va reparler.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Bruno ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Il faut faire le même parallèle qu'on a fait avec les élèves.
Il y a eu aussi les pratiques personnelles des enseignants.
C'est un problème, justement.
Comment l'école, le système scolaire, va permettre aux enseignants de passer de leur pratique personnelle à des pratiques un peu plus harmonisées, un peu plus, je dirais, "correctes", même aussi au niveau du règlement général de protection des données ?
Ça, c'est important, parce qu'on a vu, en particulier lors de la crise sanitaire, des établissements dans lesquels les enseignants créaient des groupes WhatsApp, créaient des vidéos, utilisaient Discord, utilisaient ci, ça, tous ces outils sans vérifier.
Pourquoi ?
Parce qu'une situation l'imposait, il fallait le faire.
Donc, les enseignants ont adopté ça.
Mais le problème, c'est qu'on sait aussi que nous avons affaire à des élèves.
Passer du travail collectif des enseignants au travail avec les élèves suppose autre chose, une connaissance juridique suffisante de ce que l'on doit comme respect envers un mineur dont on a la responsabilité éducative.
Sur le plan juridique, il y a des normes particulières là-dessus et on doit le faire.
Ça suppose que l'enseignant ait ces connaissances et ces compétences pour pouvoir éviter ce que l'on a pu voir ici ou là sur des usages comme ça.
Vous avez peut-être eu des témoignages dans vos établissements.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Les élèves ont des droits par rapport au numérique.
Tout le monde doit les respecter, d'autant qu'on est enseignants et adultes.
Et puis je voulais revenir sur, peut-être, ce qu'on a constaté pendant le confinement, c'est-à-dire des professeurs qui avaient utilisé des outils numériques qui n'étaient pas respectueux du règlement général pour la protection des données.
Mais il y avait aussi une capacité de résilience nécessaire, parce qu'à ce moment-là, il y avait une faiblesse des outils institutionnels qui, après, ont permis quand même de surmonter le confinement.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Justement, quand on est dans l'ENT, l'entrée dans l'ENT par une identification, que ce soit par les élèves ou les parents, éventuellement, par ÉduConnect, permet de garantir ça.
Le GAR, dont on parlait, c'est aussi une grande avancée, car ça va être des ressources validées, des ressources sur lesquelles on va pouvoir s'identifier de façon unique pour un accès facilité de l'élève, qui s'identifiera une seule fois à l'entrée de l'ENT, qui ira jusqu'à la ressource, la ressource pouvant elle-même intégrer de l'intelligence artificielle pour suivre l'élève, lui proposer un parcours personnalisé autour de sa thématique.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Tout en garantissant la protection de ses données.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-On est dans un cadre de confiance complet.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Du coup, on va avoir aussi l'obligation, maintenant, au niveau des équipes de direction en particulier, beaucoup dans le second degré ont mis ça en place, de mettre en place une cellule ou un groupe de pilotage du numérique dans l'établissement pour harmoniser ces pratiques.
On l'a vu à la sortie du confinement.
Un certain nombre d'établissements et d'équipes de direction ont travaillé avec les équipes enseignantes pour harmoniser les produits, pour éviter le RGPD et des pratiques...
Certains parents se sont plaints.
"Tel enseignant utilise tel produit, tel enseignant utilise tel autre."
Je veux dire que ce n'était pas cohérent.
Ce qui est intéressant, c'est que peut-être que cette situation un peu kaléidoscopique a amené les équipes de direction à reprendre leur rôle d'animation pédagogique et de coordination.
Ceux qui l'ont fait...
Parce qu'il m'est arrivé d'accompagner des chefs d'établissement en formation, et quand on parle de ça avec eux, ils ont vu combien c'était important, et eux revendiquent aussi leur rôle.
On parle des compétences des enseignants, mais il faut parler des compétences des personnels de direction, qui elles aussi sont importantes, car elles doivent accompagner ce travail.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Dans le premier degré, effectivement, le rôle des eRUN, le rôle des circonscriptions, et donc des conseillers pédagogiques et inspecteurs qui sont là aussi pour accompagner, pour former.
C'est vrai que dans la multiplicité des plans qui sont mis en œuvre dans l'éducation, il faut trouver la place du plan numérique et de la priorité numérique.
Mais en tout cas, c'est une nécessité, bien évidemment.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Et dans le secondaire, il y a le rôle, aussi, de la DANE, la direction académique du numérique, ou de la DRANE, qui, dans les différentes régions, joue un rôle d'accompagnement et de montée en compétences des enseignants.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Quand on met bout à bout tout ce que vous dites et tous ces accompagnements, ces cadres de référence, ces outils, on a l'impression que les compétences numériques, pour les enseignants, j'entends, ne sont pas complètement des compétences comme les autres.
Arnaud Corrèze, vous parlez parfois d'enseignants qui le voient comme une boîte à outils.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Oui.
C'est vrai que, pour côtoyer parfois d'autres établissements, voire d'autres corps enseignants, il y a une minorité de professeurs qui restent réfractaires au numérique, mais c'est une petite minorité.
Et il y a une autre minorité d'enseignants qui sont vraiment à fond, à l'excès dans le numérique, un peu comme moi, mais c'est une minorité.
Et il y a la majorité des enseignants, je dirais, qui ne sont plus hostiles au numérique, mais tout ce qu'ils veulent, c'est que le numérique leur apporte quelque chose sans que ça soit chronophage, avec une formation digne et également une plus-value qu'ils peuvent ressentir concrètement.
Si les trois conditions sont remplies, il y a vraiment de la bonne volonté de la part du corps enseignant.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Dans le premier degré, on est passés des ordinateurs en salle informatique, qu'on a abandonnés largement il y a déjà maintenant 15 ans, pour arriver vers des outils sans doute plus simples à mettre en œuvre.
Je pense aux tablettes qui vont aussi sur les tables des élèves, utilisées quand on en a besoin.
On ne va pas en salle informatique, on utilise le numérique quand on en a besoin dans sa pratique.
Ça, c'est extrêmement important.
Et en fait, tout dépend aussi...
Alors, les enseignants ont toujours une bonne volonté de faire, il y a aucun doute là-dessus, mais ça dépend de la connexion, du matériel installé.
Il faut appréhender tout ça, ce n'est pas forcément simple.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Il faut bien comprendre qu'il y a quand même des inégalités dans la dotation de matériel.
Les lycées, en général, sont relativement bien dotés.
Ce n'est pas la même structure, le même financement.
Les départements, dans ma région, sont quand même les parents pauvres au niveau de la dotation en numérique.
Voilà, il y a des inégalités de matériel évidentes, et pour le corps enseignant, c'est souvent mal vécu.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Et ces inégalités, elles sont d'autant plus graves que l'appropriation du numérique par les enseignants demande du temps.
Dans les observations qu'on a pu faire dans différents endroits où, depuis longtemps, des gens pratiquent ces choses-là, on s'aperçoit que c'est une lente montée en compétences.
Ce n'est pas à l'échelle des trois ans.
Quand on a vu un plan succéder à un autre plan...
C'est ce que déplorait jadis un ministre en disant : "On a 10 plans en 12 ans."
Et depuis, on a encore autant de plans en 10 ans.
Ce qui fait qu'on a l'impression qu'il n'y a pas de stabilité.
Et je pense que Pix, à la suite de B2i, dans la même lignée, la formation pour les enseignants, maintenant, le Pix+Édu et tout ça, ça peut amener, mais souhaitons-le, à ce qu'il y ait une volonté d'inscrire ça dans la durée pour que chacun ait le temps de s'approprier et de développer, car dans la classe, c'est ça, le problème.
C'est : "Comment dans mon cours de français, mon cours de SVT, comment je peux, de façon simple et efficace, le faire ?"
Ce n'est pas la première fois.
Beaucoup d'enseignants essaient une fois et ça ne marche pas.
La première fois, c'est souvent comme ça.
Je leur dis : "Prenez au minimum une séquence de 7 semaines.
Sur 7 semaines, vous allez essayer des choses et voir ce qui fonctionne.
Adaptez-le petit à petit."
De façon à ce que les compétences numériques deviennent, je dirais, non plus une difficulté en plus, mais, au contraire, une facilitation.
Ça, ce n'est pas toujours simple.
Il faut aussi que les formateurs en prennent acte, que, dans les équipes, il y ait cet échange de compétences entre enseignants.
Il ne faut pas hésiter à aller voir les uns les autres, quitte à aller faire du coenseignement.
On a des endroits où on fait du coenseignement.
On peut le faire.
Donc, là, il y a plein de pistes pour développer les compétences numériques des enseignants avec les deux volets, le volet technique et le volet plus éthique, philosophique, culturel, information.
Ça, ça peut se faire.
C'est dans cette dynamique-là, à mon avis, qu'on peut avancer.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Ça m'amène une question.
Vous évoquiez les salles informatique avec presque de l'apprentissage de l'informatique.
Sur cette frontière qui est floue pour certains et très nette pour d'autres entre usages numériques et informatiques, on parlait du B2i, tout à l'heure.
Il reste un flou ou c'est clair pour tout le monde, cette frontière-là ?
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-À la fois c'est clair et à la fois non.
On a des outils, il faut savoir les utiliser au moins un minimum pour que ça fonctionne.
Mais bien sûr, l'objet de l'enseignant, c'est d'utiliser ces outils dans sa pratique pédagogique.
Ça veut dire qu'à un moment donné, il faut aller au bout des choses.
Il y a forcément un moment où on va apprendre à utiliser telle ou telle application, tel ou tel logiciel, telle ou telle mise en œuvre, tel ou tel process sur l'outil qu'on a, que ce soit un ordinateur ou une tablette.
Et ensuite, c'est comment on va l'utiliser de façon pédagogique.
Et là, on se pose d'autres questions.
On se pose la question du recul par rapport à son métier, on se pose la question de comment on va le mettre en œuvre, on se pose la question de quel type de pédagogie on va avoir besoin.
Peut-être que mon rôle d'enseignant est un petit peu différent, il y a aussi, en termes de compétences, savoir se déporter et se poser un petit peu différemment.
Un enseignant ne va pas utiliser 25 tablettes d'un coup pour utiliser avec ses 25 élèves, s'il en a 25 seulement.
Il ne va peut-être utiliser que quatre ou cinq tablettes.
Il va commencer comme ça, doucement.
C'est progressif.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Mon expérience d'enseignant, ça fait un peu moins de 30 ans que j'enseigne, et c'est vrai que le numérique a quand même changé mes pratiques ces dernières années.
Le numérique est devenu un peu pour moi un laboratoire pédagogique.
C'est vrai que j'ai changé la façon de travailler.
Avant, je suis en lycée, c'était surtout du cours magistral, les élèves engrangeaient les connaissances, et à la fin de l'heure, je ne savais pas ce qu'ils avaient noté, je ne pouvais pas vérifier.
C'est vrai qu'avec le numérique, il y a quelque chose de gratifiant.
Déjà, je ne fais pratiquement jamais de cours magistral.
C'est plus des activités en groupes, en autonomie.
Il y a plein d'activités qui s'offrent à moi.
Des fois, ça marche, des fois, ça ne marche pas.
Et ça aussi, il faut accepter ses erreurs.
Et puis il y a aussi les traces d'apprentissage qui sont gratifiantes pour l'enseignant, parce que, par exemple, quand je donne une activité à faire à la maison, je peux éventuellement donner trois tentatives.
Je peux savoir si l'élève, par exemple, a utilisé les trois tentatives ou s'il a réussi du premier coup l'exercice.
Je peux savoir quelles difficultés il a eues, quelle est la durée de temps consacrée à l'exercice la première fois, puis la deuxième.
Je ne m'amuse pas à tout regarder, mais disons que quand on veut cibler les difficultés de l'élève, je trouve qu'on a, avec le numérique, grâce à ces traces d'apprentissage, je dirais une pédagogie un peu plus fondée et plus riche qu'avant, où il y avait simplement le cahier, le cours magistral, sans vouloir décrédibiliser le cours magistral, parce que je respecte aussi les enseignants qui continuent à l'utiliser.
Il n'y a pas de pédagogie parfaite, donc, de ce côté-là, excusez-moi.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Justement, quand on parle des pratiques pédagogiques, on sait qu'il y a des modes.
Une des récentes modes, c'était la classe inversée.
Mais on a des choses très anciennes.
Dewey avait, au début du siècle dernier, développé, déjà, des pédagogies d'enquête et autres.
Aujourd'hui, dans les pédagogies de projet, on a pas mal de choses à faire.
Et je pense que, par exemple, dans l'enseignement primaire, mais aussi dans certains cours d'enseignement secondaire, on a aussi la classe en atelier, où les élèves sont en semi-autonomie, avec des activités qui durent une heure, deux heures, trois heures.
Une enseignante me racontait qu'elle fait ça deux fois par semaine, deux après-midi, une classe atelier.
Elle a six tablettes, c'est pour un groupe qui va, après ça, passer à un autre groupe.
Et dans l'observation qu'on a faite, pour l'enseignant, ça lui permet d'intervenir plus facilement auprès d'un petit groupe pour ajuster les compétences numériques nécessaires auprès des élèves, mais aussi pour lui-même pouvoir développer l'accompagnement dont il a besoin, et en même temps laisser les élèves avec assez d'autonomie, car l'une des caractéristiques de l'apprentissage du numérique par les élèves, c'est l'essai-erreur.
Ils apprennent d'abord comme ça.
Donc, leur laisser suffisamment d'autonomie, mais en même temps réguler, parfois par un apport magistral, d'ailleurs, c'est absolument essentiel.
On le voit, on parle de la trace, de tracer l'activité des élèves, mais on regarde aussi la trace de fin de séquence ou la trace de fin de séance.
J'observais récemment un cours de géographie où l'enseignant prenait soin, à la fin, de faire une trace, de faire prendre à la main, alors qu'on est dans le numérique, de prendre à la main la trace, mais aussi de leur dire qu'elle sera après sur le cahier de texte numérique de façon à ce qu'on consolide, et éventuellement de faire elle-même un petit apport la fois suivante pour pouvoir démarrer le cours.
Parce qu'on parle du cours magistral, mais le cours magistral, l'attitude magistrale, elle dure parfois 10 minutes sur une heure, et pas forcément 7 heures sur 7 heures.
C'est surtout ça qu'il faut casser.
D'ailleurs, quand on observe les pratiques, dans les collèges, dans les lycées, on s'aperçoit que de moins en moins, les enseignants eux-mêmes supportent ça.
Du coup, les moyens numériques peuvent aider à cette différenciation, à cette personnalisation des parcours, en particulier, on l'évoquait, et il faut l'évoquer absolument, cette histoire des enfants qui sont à besoins éducatifs particuliers, qui eux peuvent avoir, par exemple, une AESH avec eux, avoir un ordinateur spécifique alors que les autres ne l'ont pas.
On voit bien que là, il y a quelque chose de l'ordre de la compétence d'accompagnement dans un contexte numérique.
Je pense que c'est important aussi pour les enseignants.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Ce n'est pas immédiat.
Toutes ces activités demandent du temps, elles demandent des habitudes, et ça fonctionne très bien avec la pédagogie de projet, où on est sur construire les choses avec des outils qu'on a, dont les outils numériques, pas que les outils numériques, mais aussi avec eux, et sur un temps long, et ça, ça peut porter ses fruits.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Il y a aussi cette idée que...
On voit, nous, les pratiques enseignantes qui sont extrêmement variées, mais si on se met à la place des élèves, eux, durant leur journée où ils vont avoir 8 heures de cours, je parle du lycée, par exemple, ils vont voir 8 pratiques pédagogiques différentes, et c'est ce qui fait globalement la richesse de l'apprentissage pour les élèves.
Donc, c'est bien qu'il n'y ait pas une uniformisation des pratiques enseignantes.
Le numérique ne doit pas tendre vers ça, justement.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Par contre, une meilleure collaboration.
Il faut que les élèves s'y retrouvent dans la cohérence des équipes enseignantes.
C'est ça, la difficulté.
Il faut effectivement absolument qu'ils soient...
Les enseignants sont différents, ils ont une personnalité, une histoire, des contenus différents.
Et en même temps, il faut que...
J'ai travaillé dans le passé en lycée professionnel, et ce qui faisait la cohérence du groupe classe, c'est la cohérence de l'équipe enseignante.
Quand l'équipe enseignante dialogue, se passe des messages, et lorsqu'il n'y a pas de contradiction non pas pédagogique, mais pas de contradiction dans la façon de penser les élèves, les élèves le ressentent.
Les élèves sont beaucoup plus coopératifs si les enseignants le sont.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-On a déjà pas mal parlé de mise en œuvre, mais on va arriver à une partie un peu plus concrète.
Ce numérique, on l'a vu, pour certains, il est partout.
Pour d'autres, il n'est nulle part.
L'analogie que j'aime bien faire, c'est comme l'oral en classe.
Il a été longtemps l'apanage des enseignants de français, maintenant, c'est l'apanage de tous les enseignants.
La question du "où", du "comment", et il y a aussi la question du "quand".
C'est-à-dire qu'il y a le numérique avant la classe, pendant la classe, on en a beaucoup parlé, il y a le numérique après la classe.
Peut-être un usage qui fait le liant de tout ça, on pense notamment forcément aux ENT, Pascal.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Oui, je pourrais vous donner un exemple.
Par exemple, en cycle 1, en maternelle, on a parlé du lycée, on a parlé du second degré, en premier degré, en maternelle, je vais donner un exemple de ce que j'ai déjà vu en classe, où une enseignante demande un certain nombre d'éléments aux élèves, à ramener par exemple à l'école, à construire.
Et puis on construit avec l'élève, on fait avec l'élève, et tout au long de l'année, des éléments sont stockés sur un cahier multimédia qui va pouvoir stocker non seulement des images, mais aussi du son, de la vidéo, ce qu'on appelle des contenus enrichis qui vont pouvoir être stockés au fur et à mesure du temps, et montrer les réussites de l'élève.
Ça ne s'arrête pas là, une fois qu'on a ces réussites de l'élève, bien sûr, l'élève peut y revenir, effectivement, en allant sur son ENT regarder son cahier.
Mais c'est aussi aux parents.
À un moment donné, la relation école-familles se crée, et du coup, ça va dans la famille, ça peut provoquer des discussions entre les parents et les enfants, ce qui est finalement souhaitable, voire un retour, aussi, de cette relation parents-école, à ce moment-là.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Bruno, sur ces trois temps d'usages numériques ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Il faut être prudent sur ces trois temps, parce qu'il y a les temps des enseignants et les temps des élèves.
Ils ne sont pas forcément synchrones, comme on dit, ils ne se font pas en même temps.
Parlons d'abord des enseignants.
On en a parlé un peu au début, mais on va revenir dessus.
Les enseignants préparent leurs cours avec le numérique.
Les enseignants utilisent le numérique dans leurs classes.
Mais d'abord, c'est eux qui l'utilisent.
Il suffit de regarder l'omniprésence des tableaux blancs et autres vidéoprojecteurs interactifs pour se rendre compte que c'est la pratique majoritaire.
Je dirais même qu'aujourd'hui, il n'y a quasiment plus d'établissements, dans le second degré...
Dans le premier degré, c'est en train de venir dans certains endroits, mais on a équipé tout le monde de TNI ou de VPI, peu importe.
Et ça, c'est pendant la classe.
Mais parfois, il y a parfois, je parle pour les configurations où on n'utilise ni tablette ni ordinateur, on a parfois des élèves qui viennent au tableau.
Ils viennent au tableau numérique comme ils venaient au tableau papier, crayon, craie, etc.
Et il y a après.
Après, c'est à nouveau l'affaire de l'enseignant.
C'est prendre les cahiers du jour des élèves pour relire leur travail.
Or, tout ça, un certain nombre d'enseignants, aujourd'hui, le font avec du numérique.
Dans la classe inversée, par exemple, ou, disons, dans des stratégies où on essaie d'amener les élèves à faire du travail en amont de la classe, l'enseignant propose, on le voit dans un certain nombre de classes : "Regardez telle vidéo, lisez tel texte."
On l'a fait avec le livre, dans le temps, avec le papier.
On distribuait une feuille à lire pour la prochaine fois.
Eh bien, le numérique le permet encore plus facilement.
Il le permet plus facilement.
En classe, même chose.
La question est d'un côté celle des pratiques d'enseignants, mais il y a aussi les pratiques des élèves.
Donc, à chaque fois que c'est possible, que ce soit en classe atelier, que ce soit pour tous, en groupes ou peu importe les pratiques pédagogiques, ce qui est important, c'est comment les élèves, eux, vont le faire pendant la classe.
Et ça, beaucoup d'enseignants le redoutent, parce que ça suppose de suffisamment bien, ce qui est un problème pour les enseignants débutants, tenir sa classe.
Pour avoir observé des séances d'aide à l'orientation dans des cours de techno, si la salle n'est pas bien configurée, si l'enseignant ne peut pas jeter un œil sur tous les élèves, vous en avez rapidement qui vont se promener là où ils ne devraient pas aller.
Donc, pour l'enseignant, ce n'est pas forcément facile de pouvoir suivre.
Donc, dans la classe, il y a une question de maîtrise, je dirais, de la dynamique de classe.
Ceci dit, quand on donne des activités, et mes collègues pourront confirmer, quand vous donnez des activités qui sont attrayantes pour les enfants, qui les amènent à vraiment construire quelque chose, ils rentrent dedans, et parfois, vous ne voyez pas la sonnerie passer qu'ils continuent.
Il y a ça, et puis il y a après.
Après, ça va parfois jusqu'à de l'assistance à distance, ce qui s'est produit pendant le confinement.
Certains enseignants ont découvert qu'ils pouvaient tout à fait continuer d'aider leurs élèves au-delà, je dirais, du collectif.
Évidemment, ce n'est pas compris dans le contrat de travail de l'enseignant, mais certains le font, par exemple pour les élèves à besoins éducatifs particuliers, car c'est l'occasion d'accompagner.
Et puis c'est aussi, quelque chose qu'on ne voit pas, du côté des élèves, et j'ai eu l'occasion de l'observer chez des jeunes de lycée en particulier, c'est l'entraide entre eux.
C'est-à-dire que vous savez, lorsqu'un enseignant donne un travail à la maison, il y a celui qui le fait et les autres qui recopient, mais il y a d'autres stratégies beaucoup plus intéressantes chez certains.
J'ai pu observer ça.
Les élèves se disent : "Voilà, on sort de classe, on est à la maison, allez, il est 17h, on se rappelle à 18h, d'ici là, on cherche tous la solution et à 18h, on confronte la solution."
J'ai été scotché par cette façon de faire, parce que les élèves avaient compris l'intérêt de faire la recherche et de confronter leurs résultats.
Après, ils avaient tous le même résultat, parce qu'ils régulaient.
Mais l'important n'était pas qu'ils aient le résultat, l'important était le processus.
Le numérique permet, et si en plus on y ajoute les traces, ça va être encore plus intéressant de voir ça, parce que ça permet de favoriser, justement, ces travaux entre élèves, et des travaux qui sont constructifs, et là on est dans la construction des apprentissages.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Arnaud Corrèze, j'imagine que les propos de Bruno Devauchelle évoquent des choses chez vous ?
Vous avez dit quelques mots aussi des traces.
C'est des choses que vous utilisez pour le pendant, l'après, avec les élèves et pour les élèves ?
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-En fait, je pensais aussi à la plus-value du numérique.
C'est vrai qu'on peut aussi s'interroger sur savoir si c'est juste un outil de substitution ou si ça permet vraiment d'améliorer les pratiques, de les modifier, voire de les redéfinir.
C'est vrai que, par exemple, concrètement, j'ai eu une activité, dernièrement, que j'ai faite, que je fais de temps en temps, parce que je varie tout le temps les activités, et il y en a une que j'apprécie, c'est un petit atelier, étude de documents, par exemple, et l'intérêt, c'est souvent que la correction, on parle d'après, la correction est souvent bâclée, parce qu'on donne la note de la copie à l'élève, il a une mauvaise note...
Justement, on va faire la correction.
Si un élève a besoin de la correction, c'est celui qui a une mauvaise note.
Mais il n'écoute plus, parce que sa mauvaise note est déjà prise comme une sanction.
Pourquoi ?
L'intérêt du numérique, avec cet atelier, c'est que ça permet, en fait...
Il y a une première étape où l'élève fait l'exercice, avec des questions, et la deuxième étape où il accède au corrigé dans le numérique, avec un barème, et on leur permet de s'autoévaluer.
Donc, l'élève s'autoévalue, et en même temps, sans le savoir, il fait la correction de son exercice.
Il est compris dans le contrat que je vais faire une deuxième correction, voire, parfois, avec le numérique, on peut aléatoirement faire corriger le travail d'un autre élève, anonymement, je préfère.
On peut le faire nommément, mais je préfère l'anonymat.
Donc, l'élève se retrouve, sur un travail, c'est assez fastidieux, il se retrouve avec trois corrections : celle du professeur, celle d'un autre élève qu'il ne connaîtra pas et sa propre correction.
Eh bien, quand je fais ça avec les élèves, ce qui est assez étonnant, souvent, c'est qu'ils ont, à un ou deux points près, la même note, ou souvent, quand il y a une note qui diffère, c'est l'élève qui, manquant de confiance lors de son autoévaluation, s'est un petit peu sabordé ou s'est surévalué.
Donc, le travail en aval est assez intéressant au niveau de la correction.
Je pensais à cet exemple, voilà.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Pascal Burgain, je veux rebondir, parce qu'Arnaud Corrèze l'a dit sans le dire, il a parlé de substitution, d'augmentation, de modification, de redéfinition.
C'est le fameux modèle SAMR de Ruben Puentedura.
Sur l'appropriation des usages et des outils numériques par les enseignants avant la transmission, avant l'enseignement aux élèves dans le premier degré ?
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Je crois qu'il y a vraiment deux phases.
Ce n'est pas parce qu'on est capable de connaître des outils numériques, de savoir les utiliser, de se les approprier personnellement que finalement, encore une fois, on est capable de renvoyer quelque chose à ses élèves et de pouvoir faire acquérir des compétences.
C'est ça qui est derrière notre souhait, c'est les compétences des élèves.
Donc, du coup, voilà, le travail qui vient d'être présenté dans le second degré, que je retrouve parfois dans le premier degré, demande quand même un certain recul de la part de l'enseignant, et des compétences, car on parle de compétences aujourd'hui.
Des compétences de se dire : "Comment je vais pouvoir transmettre ça, quel outil je vais utiliser pour le faire ?
Quel outil pour stocker ça, pour remettre quelque chose en phase ?"
En plus de ça, il faut quand même pouvoir s'approprier les outils avant.
Il y a toute une phase d'appropriation des outils, d'appropriation du contexte local de l'organisation dans l'école, avant de pouvoir effectivement faire les choses.
Ça, ça demande du temps, ça demande du recul et de la prise en main.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Juste pour dire, le numérique, c'est vrai que...
Je pense qu'il y a différentes étapes, pour un enseignant, pour acquérir les compétences numériques.
Il y a un énorme travail au début.
Ça peut décourager, mais au fur et à mesure de l'avancée, des échecs et des bonnes expériences, on se rend compte qu'on est de plus en plus efficace.
On sait sélectionner la bonne activité, on va plus vite, et c'est vrai qu'on le ressent au niveau des élèves.
Voilà.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Alors, on évoquait tout à l'heure le fameux modèle SAMR de Puentedura, le fameux modèle qui découpe les gens selon leur niveau de compétences et d'usages.
Il faut militer, à mon avis, pour, d'abord, une politique des petits pas.
Il ne faut pas vouloir que chacun devienne l'innovateur fou que l'on voit dans certains endroits, des gens qui font des choses remarquables, extraordinaires, fabuleuses, mais il faut aussi accepter parfois : "Là, j'ai modifié ma pédagogie en utilisant tel outil, je ne l'avais pas utilisé."
On l'a vu d'ailleurs avec le confinement, avec les outils de quiz, de questionnaires.
Il y en a beaucoup qui ont découvert le questionnaire à cette occasion-là.
Finalement, ils se sont dit : "Ça pourrait me rendre service dans mon enseignement", et donc ils se sont approprié ça.
Ça paraît modeste.
Les questionnaires, on connaît ça depuis 1980.
En débutant dans l'informatique scolaire, on avait déjà exactement ces logiciels-là, pour ceux qui ont un peu de mémoire ou qui ont vu les anciens films qui en parlent.
On le faisait, je l'ai fait moi-même.
À l'époque, on programmait nous-mêmes, c'est vrai.
Mais ces outils-là, aujourd'hui, sont devenus à nouveau des outils utiles, d'autant plus qu'il y a eu des façons de les utiliser qui ont été intéressantes : par exemple, au cours d'une séance, vous amenez les élèves à faire un quiz, mais non pas pour obtenir le résultat, s'ils ont bon ou mauvais, mais pour qu'eux voient s'ils ont bien compris ce qu'on leur a dit.
L'enseignant a un feed-back qui lui dit : "Cette notion-là n'est pas bien comprise.
Il faudrait la reprendre avec eux."
Ça peut se faire pendant la classe, ça peut se faire après la classe.
L'enseignant, en récupérant ces données-là, peut tout à fait, ensuite, proposer un réajustement.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-J'aimerais vous poser à chacun une question.
On arrive à la fin de cette troisième partie.
Une question à traiter un peu brièvement sur un défi que vous verriez à mettre en œuvre pour continuer à mieux développer les compétences numériques des élèves.
Un défi important que vous voyez à relever.
Je ne sais pas par qui commencer, je vais commencer par Pascal Burgain.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Alors, un défi.
Ce serait le défi de travailler en équipe, je pense.
Ça, c'est un grand défi au sein des équipes pédagogiques, pour se dire : "Comment le numérique peut prendre sa place dans mon école, avec mes élèves, dans mon contexte social des élèves, dans le contexte du nombre d'élèves par classe, de cours multiples ou pas ?"
Comment on peut travailler ça ensemble ?
Ça peut être l'ENT, que j'ai beaucoup cité, mais ça peut être aussi d'autres outils.
Le numérique ne s'arrête pas à un outil ou à un autre.
C'est juste, finalement, quelle appropriation je peux prendre et comment je vais mettre ça en œuvre dans mon univers.
Il y a le rôle du directeur d'école, effectivement, qui est là pour animer son équipe, mais c'est aussi à chacun de prendre sa part, encore une fois, chacun à son rythme, c'est ça qui est important.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Arnaud Corrèze, un défi, pour vous ?
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Justement, je n'aime pas trop le mot "défi".
Je dirais que pour l'enseignant, c'est un défi de tous les jours que d'être capable d'avoir le courage de remettre en cause ses pratiques pédagogiques, de sortir de sa zone de confort.
C'est peut-être ça, le défi des enseignants.
Ce n'est pas toujours facile, parce que les formations ne sont pas toujours adaptées.
On n'a pas parlé de formation, mais au-delà des formations institutionnelles, la formation académique du personnel, on peut aussi rappeler qu'il y a des kits pédagogiques, des séances, des vidéos qui sont disponibles par exemple sur Internet auprès de l'Arcom, l'Autorité de régulation audiovisuelle et numérique, de la CNIL.
Donc, il y a énormément d'accompagnements, de ressources disponibles pour l'enseignant, afin que lui-même puisse relever le défi de s'ouvrir au numérique de manière raisonnée.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Bruno Devauchelle, un défi ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Un seul ?
Il y en aurait tant !
Je crois que le premier défi, ça va être de passer de l'enseignant à l'élève.
C'est-à-dire vraiment de faire en sorte que dans tous les établissements, il y ait des enseignants qui fassent travailler leurs élèves avec le numérique, et non pas qui utilisent le numérique devant leurs élèves.
C'est l'enjeu majeur.
On le voit lorsque les régions équipent les lycées, lorsque les départements équipent les collèges, lorsque les écoles primaires ou l'État équipent les écoles primaires, on voit bien que l'enjeu, c'est que oui, ça y est, c'est acquis.
L'enseignant qui utilise le vidéoprojecteur, c'est acquis, ça va, maintenant, on y est.
Mais c'est les élèves, maintenant, l'enjeu.
Le développement de leurs compétences numériques ne peut se faire que si les élèves manipulent réellement, quelles que soient toutes les conditions pédagogiques.
Et ça, ça va être un enjeu dans toutes les écoles.
Quand on voit que dans certaines, on a du mal à même utiliser le matériel qui nous est attribué, on se dit que le défi, il est vraiment maintenant.
Ça y est, les enseignants ont leurs compétences, c'est bon.
On a un environnement numérique de travail, c'est bon.
Maintenant, et les élèves ?
Si on y arrive avec ces pédagogies qu'on évoquait tout à l'heure, des pédagogies actives, eh bien, là, je pense qu'on aura gagné la deuxième étape.
Peut-être pas encore la troisième, mais on en reparlera après.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Avant de vous laisser le mot de la fin sur ce webinaire, j'aimerais poser une petite question poil à gratter.
On a beaucoup entendu parler de la plus-value du numérique.
Il faut absolument utiliser le numérique uniquement s'il y a une plus-value pour les apprentissages des élèves.
Qu'est-ce que ça vous évoque ?
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Nous, dans nos travaux de recherche et dans les échanges qu'on a avec les chercheurs, globalement, il n'y a pas de plus-value.
Prenez ce que dit André Tricot, il n'y a pas de plus-value, si on parle de plus-value en termes de : "Est-ce qu'on obtient de meilleurs résultats aux examens si on utilise l'ordinateur ?"
J'ai envie de dire que si l'examen se fait sur feuille papier et qu'on entraîne les élèves sur ordinateur, ils n'y arriveront pas.
Si vous les entraînez sur papier et que l'examen se fait sur ordinateur, ils n'y arriveront pas.
On va fermer le ban de ce côté-là.
Maintenant, la vraie plus-value, elle est beaucoup plus dans la façon dont on peut mieux gérer sa classe, dont on peut amener les élèves à avoir des activités qu'ils n'auraient pas autrement.
La vraie plus-value n'est pas de faire la même chose mieux, c'est de faire autrement des choses qu'on ne faisait pas sans ça.
Il y a plein de pistes pour le faire.
Les enseignants, simplement, regardez la place de l'image et de la vidéo dans la vie des enseignants comme supports.
C'est une vraie plus-value.
Expliquer une notion en montrant, des enseignants m'en parlaient, en montrant une vidéo qui illustre bien...
On parlait de la nature, par exemple, vous faites un petit film qui montre des champs de tournesols pour expliquer.
Pour les enfants, ça parle.
Surtout que n'oublions jamais que les enfants ont une culture de l'image et de la vidéo qui est extrêmement importante.
Donc, les enseignants ont tout à gagner à s'en emparer.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-La plus-value, Pascal Burgain ?
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Oui, au-delà de la plus-value, je crois qu'on enseigne à des élèves qui sont dans le monde d'aujourd'hui.
Dans le monde d'aujourd'hui, on est entourés de numérique, on est entourés de médias.
Je pense qu'apprivoiser ça, regarder ça avec intérêt, et puis pouvoir décrypter les choses, travailler avec et montrer que les outils numériques sont là aussi pour apprendre et qu'on peut, à travers ces outils numériques, apprendre, je pense que c'est ça.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-J'ai eu le temps de prendre du recul.
C'est vrai que s'il y a bien une plus-value qui me vient à l'esprit, c'est le fait que pour moi, le numérique, en tant que prof de SNT, au départ, je suis prof d'histoire-géo, je me suis rendu compte que c'était gratifiant d'enseigner, comme plus-value, une gratification d'enseigner et de transmettre ça aux élèves.
D'autant que c'est quand même aussi la citoyenneté qu'on construit, une citoyenneté numérique, comme je l'ai dit précédemment.
Et puis, c'est aussi en faire plus tard des élèves qui pourront affronter le monde ou une société elle-même numérique, numérisée.
Donc, là, il y a vraiment un sentiment de plus-value par rapport à ça, de satisfaction, de confort, aussi.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-On arrive au bout de cette heure, forcément, les trois invités, vous avez chacun une petite minute pour conclure sur ce temps d'échange, de manière générale.
On commence, une fois n'est pas coutume, par vous, Bruno Devauchelle.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Alors, moi, mon leitmotiv, c'est : "N'abandonnons pas les enfants aux turpitudes du monde, d'une société numérique."
Turpitudes qui sont basées sur du commerce, qui sont basées sur de la facilité, qui sont basées sur, aussi, parfois, de l'escroquerie.
Nous avons un devoir éducatif lourd, et le numérique est aujourd'hui tellement omniprésent dans la société que si on n'assume pas, en tant qu'enseignants, ce devoir éducatif, même parfois sans utiliser le numérique dans sa classe, mais si on prend en compte cette dimension, je pense qu'on peut avancer réellement au service de tous les élèves.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Arnaud Corrèze, votre mot de la fin.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-C'est vrai que le numérique peut faire peur, aussi bien aux élèves qu'aux enseignants, ça peut être source d'angoisse.
Et c'est vrai que dans les établissements, je peux voir que souvent, quand il y a un référent numérique qui est passionné, qui, justement, aussi, privilégie l'aspect humain dans les rapports, eh bien, ça permet de mieux faire passer la prise en main de ces outils, et c'est essentiel.
Quand, dans un établissement, il y a l'absence de référent, l'absence d'engagement d'une équipe, de collectif, c'est vrai que le numérique ne peut pas tourner sans l'humain.
C'était mon mot de la fin.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Pascal Burgain.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Je rebondirai en disant qu'effectivement, le collectif est très important.
Le collectif passe aussi par le travail de la formation autour des enseignants, autour d'un travail collectif au sein de l'équipe pédagogique pour pouvoir mettre en œuvre le numérique et ne jamais baisser les bras.
À chaque fois, on peut faire petit, et puis grandir, avancer.
En tout cas, vous pouvez aussi être aidés par d'autres.
Les formateurs qui sont autour de vous, les équipes qui sont autour de vous, et ne pas rester seuls.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-On va prendre quelques questions des gens qui sont en direct avec nous.
Je vais commencer par une question.
"Comment lutter contre l'inertie de certains collègues, et comment éviter que ce soient toujours les mêmes qui portent les changements d'organisation et d'outils ?"
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Alors, d'expérience, c'est travailler sur des projets collectifs, d'abord.
C'est-à-dire initier des projets qui peuvent impliquer la moitié de l'équipe ou toute l'équipe.
Et pas forcément obliger ces enseignants-là à venir dedans, mais à montrer la dynamique sans jamais fermer la porte à ces gens-là.
J'ai eu une expérience il y a très longtemps dans un établissement primaire, où une enseignante, la première année, le projet a duré trois ans, c'était un projet d'écriture avec les élèves, un journal d'école, la première année, une enseignante dit : "Je ne veux pas en entendre parler."
La deuxième année, elle est venue voir ce qu'on faisait.
La troisième année, elle me dit : "J'ai acheté un ordinateur."
C'était révélateur, elle s'était approprié petit à petit.
Mais vous avez vu, ça a pris trois ans.
Donc, on a pu permettre à quelqu'un, à condition de ne jamais exclure.
Je sais que c'est irritant et je comprends la question, parce que parfois, on a envie de dire : "Il pourrait faire un effort."
Attention cependant, il y a des gens qui ont des positions très radicales contre le numérique.
Il faut aussi entendre ces positions.
Les écrans, les ondes, le coût, l'écologie, etc.
Il faut entendre ça, mais il faut aussi expliquer, ce que j'évoquais tout à l'heure, que nous n'abandonnons pas les enfants.
Ces personnes-là peuvent très bien aussi parler du numérique sans faire de numérique, mais en parler et travailler.
Et on le voit, je pense que mon collègue en lycée, et en particulier en EMC...
Il y a de quoi faire pour justement évoquer ces questions-là sans forcément utiliser le numérique.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Je lisais déjà la question suivante.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-C'était une question d'Alice, merci, Alice, pour la question.
On peut passer à une deuxième question, peut-être.
On a une question de Lamia, une question de Tunisie, ça veut dire qu'on vous regarde de loin.
"Est-ce qu'il y a un cadre officiel qui définirait les caractéristiques, les compétences, les prérogatives de l'eRUN, l'enseignant référent pour les usages numériques ?"
Pascal, c'est pour vous.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Bonne question.
Alors, le cadre n'est pas forcément défini de façon générale.
D'ailleurs, ce n'est même pas un statut particulier, l'eRUN, donc ça dépend de chacun des départements et de l'organisation mise en place.
Quelquefois, ce sont des CPC numériques, quelquefois, ce sont des eRUN, parfois, il y en a un pour une circonscription, parfois plus.
C'est vrai que le cadre n'est pas totalement défini.
En tout cas, dans sa définition globale, c'est quand même former les enseignants, aider les enseignants, mais pas que.
On a aussi tout un volet de relations avec les collectivités, il y a aussi tout un volet de relations entre l'institution et les enseignants.
C'est accompagner, accompagner le numérique dans son ensemble, avec toutes ses parties.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Une troisième question de Sami, qui nous dit : "Bonsoir, il n'existe pas d'objectifs clairs pour atteindre tel ou tel niveau de compétences du CRCN.
Comment les déterminer pour amener un minimum d'homogénéité par niveau de classe ?"
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Le problème, c'est que le CRCN comme le Pix sont faits justement pour différencier.
Il y a des différenciations de niveau.
Ce sont quand même cinq domaines de compétences avec huit niveaux.
Ça fait 16 compétences au total, et vous avez des niveaux.
L'idée n'est pas d'avoir le même niveau de tous les élèves au même moment, c'est de pouvoir permettre aux élèves de progresser à leur vitesse.
Il y a un socle minimal.
On l'a vu déjà dans le B2i dans le temps.
Donc, ça permet de faire ça.
Je ne sais pas si dans les classes, vous avancez là-dessus avec les élèves.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Au niveau des compétences, c'est le principe de Pix, c'est de permettre une remédiation, une progression, de progresser, maintenant, presque de la sixième, puisqu'il y a un parcours qui se met en place dans le cycle 3 dès la sixième, même si ce n'est qu'un petit parcours.
Mais c'est vrai qu'il y a la possibilité d'une vraie montée en compétences des élèves dans le cadre du CRCN, puisque Pix s'appuie sur le CRCN.
Il y a même la possibilité pour les enseignants de pouvoir eux-mêmes monter en compétences grâce au CRCN Éducation, qui, là encore, se met en place depuis 2020 et, à titre expérimental, va monter en puissance et permettra à des enseignants d'avoir eux-mêmes une certification : avancé, confirmé, voire expert, voilà.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Une question de Philippe.
"Comment concrètement s'organiser pour la liaison école-collège autour du numérique ?"
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-C'est vrai qu'il existe effectivement des conseils école-collège, qui existent, qui fonctionnent, qui permettent des fois de dégager des projets, de dégager des intentions de la part à la fois des enseignants du primaire et du secondaire.
Pour autant, on a aussi des outils.
Les outils numériques peuvent permettre un certain nombre de choses, notamment les ENT.
Il pourrait y avoir une continuité entre les ENT du premier degré et du second degré.
Aujourd'hui, force est de constater que ce n'est pas le cas.
Quand on n'a pas le même type d'ENT entre le premier et le second degrés, on n'a pas forcément cette possibilité.
Donc, c'est vrai que dans l'idée de ce qui avance au sein de l'éducation, c'est aussi arriver à avoir de l'interopérabilité, c'est le terme à la mode.
Je ne pas si c'est un gros mot, mais en tout cas, c'est permettre que des éléments qui viennent sur un ENT puissent être compatibles avec un autre ENT.
Et à ce moment-là, dans le numérique, la liaison école-collège pourrait prendre d'autres champs d'action et on pourrait en débattre longtemps, mais pour la question du numérique, ça pourrait être effectivement un lien, des liens d'accès qui permettront aux élèves et aux enseignants de pouvoir échanger.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-"OK, mais ne faut-il pas fixer quand même des objectifs pour ne pas se contenter des premiers niveaux de maître ?"
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Des premiers niveaux de maîtrise ?
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-Je pense que c'est ça.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-Oui, mais je vais prendre le problème à l'envers.
Lorsque le B2i a été mis en place, il n'y avait pas d'échelle de niveau, et les enseignants pensaient ne jamais atteindre, parce qu'ils avaient du mal à fixer le niveau absolu.
L'avantage de Pix, c'est qu'il permet justement, quand on l'utilise, de voir les différents niveaux.
Après ça, une équipe pédagogique, en lien avec le CRCN, qui est le texte de référence qui est mis, peut très bien, justement, dire : "Ça, c'est ce qu'on appelle le socle minimal de compétences."
Si ça fonctionne comme ça aurait dû fonctionner et comme ça fonctionne en partie en primaire avec le LSU quand on peut vraiment le mettre en œuvre, à ce moment-là, on peut avoir un minimum obligatoire.
L'intéressant, dans cette politique du minimum obligatoire, c'est de dire que si on veut être égalitaires au maximum, il faut que l'on garantisse à tous les élèves un niveau Pix minimum.
Et une fois que ce niveau Pix minimum est atteint, rien n'empêche d'aller beaucoup plus loin.
On a le droit d'aller plus loin, mais c'est le socle minimum.
Ça peut se faire en équipe, mais ça se fait aussi à travers les documents officiels du fameux CRCN.
Pascal Burgain, conseiller pédagogique départemental en charge du numérique.
-Et Pix s'adapte, donc c'est ça qui est intéressant aussi.
En fonction de son parcours, on peut avoir des axes différents, des entrées différentes et avoir un parcours adapté.
Arnaud Corrèze, professeur d'histoire-géographie et référent Pix.
-Mais Pix n'a pas mis en place un seuil minimum de réussite.
C'est vraiment le principe, c'est un profil honnêtement acquis.
Même s'il est très faible, il faut le respecter.
Bruno Devauchelle, professeur et chercheur honoraire en sciences de l'éducation à l'université de Poitiers, laboratoire Techné.
-C'est pour ça qu'il faut distinguer Pix et CRCN.
Régis Forgione, médiateur au Réseau Canopé.
-On ne va pas rentrer de nouveau dans le débat.
Il n'y a plus de questions, donc merci à tous les trois pour votre expertise autour de cette heure presque et quart.
Ça a été un plaisir de vous écouter.
J'imagine que ceux qui nous ont écoutés et qui vont nous écouter vont pouvoir être inspirés, ça va leur apprendre pas mal de choses.
Ça participe, vous le disiez, Bruno Devauchelle, de la formation.
Merci aux équipes de Réseau Canopé pour l'accompagnement technique et le plateau technique, et au plaisir de vous retrouver autour d'autres webinaires ou temps de formation.
Crédits
- Direction de publication : Marie-Caroline Missir
- Production : Réseau Canopé
- Partenariat : Pix
- Licence : CC BY-NC-ND 4.0
Ressource produite avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse
